Carole and Tuesday

Œuvre dévoilée au public le
Œuvre auscultée par mes soins le

★ 2/10 ★

True colors

[Les deux personnages principaux fuient ensemble, en courant avec leur instrument dans les bras, juste après leur rencontre. Lumière dorée d’une fin de belle journée.]

De beaux plans, cette créativité dans les accessoires et la technologie, des décors qui ont de la gueule, c’est vivant d’originalité, l’animation et la réalisation sont aussi de qualité, la focalisation sur la musique me plaît forcément ; reste le dessin des personnages, à la fois familier et pas trop redondant, mais dont le superficiel me repousse ; le fond opposant l’automatisme aidé d’informatique à la création par l’humain devrait me parler, sauf que toute la partie négative de l’affaire, caricaturale à souhait, me désintéresse déjà ; ce fut à la fois bien mené (fluide, sans trop de facilité), et beaucoup trop didactique ; s’ajoute à ça l’anglicisation de la chanson, qui me refroidit complètement. J’attends de l’animation japonaise qu’elle m’emporte là-bas, où dans cet ailleurs inspiré de là-bas, pas dans la sempiternelle mégalopole à l’étasunienne avec ses burgers, Instagram, des « selfies » et de la soupe populaire pour genre musical. Si bien que je peux malheureusement déjà dire que ça ne me touchera pas, et que ce sera parfaitement inoffensif.

Born to run

[Les deux personnages principaux s’exercent, pendant quelques secondes volées, dans une salle de concert haut de gamme. Les préparateurs ne sont pas indifférents, l’un deux deviendra crucial dans leur parcours.]

Situations sans intérêt, trait grossi, scénario sans aucune subtilité, dialogues pathétiques… Ça dégouline de dégoût (peut-être pour ce système dans lequel s’inscrit la production, « en partenariat avec Netflix » malgré elle ?), les couleurs sont artificielles, bref, c’est très mauvais. Sauf qu’il y a ces brefs moments de musique inspirée et douce, et ces quelques phases d’animation et de liberté, qui compensent partiellement, partiellement seulement.

Fire and rain

[Dans une buanderie du futur, les deux musiciennes se mettent à jouer un rythme et chanter. Elles intriguent ceux qui s’affairaient par là.]

Il y a eu ce bon moment mêlant l’image au son de manière inattendue et cinématographique, si bien que j’y ai cru… jusqu’à ce que cette deuxième partie me ramène à la réalité : c’est écrit avec les pieds, c’est involontairement absurde. Ces couleurs constamment saturées sont dégueulasses et je déteste à peu près tous les personnages à part le duo clé. La déception continue…

Video killed the radio star

[Les deux personnages masculins du groupe principal, côte à côte, cheveux en pétard et pas encore bien réveillés, se brossent les dents.]

Passer un bon moment, en s’affairant, voilà le message, et ce fut un succès ; peu important le résultat, l’essentiel étant de faire de son mieux, d’utiliser ce qu’il y a de créativité en nous ; technique au rendez-vous, second degré léger bienvenu, désinvolture acceptable ; mais ça foire quand même un peu, malgré les bonnes intentions, malgré le fait que j’aimerais apprécier vraiment, la faute à ces personnages dont le charisme ou l’attrait m’échappe ; l’absence de romance, d’enjeu, de tension, pèse évidemment énormément aussi : c’est bien vide… et la musique était redondante cette fois-ci. Alors qu’en faire ? C’était un épisode amusant, et dans ce cas, je veux bien regarder sans m’y accrocher plus que ça, pour profiter de cet univers de science-fiction ni dystopique ni apocalyptique, ce qui est finalement bien rare ; un univers de science-fiction sucré et solaire, apolitique en somme, qui se contente d’extrapoler petitement. Un univers qui manque tout de même et surtout sacrément de coffre, parce que réduit à quelques obsessions ou recettes de Watanabe et à quelques bonnes idées piochées ici ou là, notées peut-être sur un carnet à l’occasion… et supposément vendeuses… La réalisation n’a à peu près aucun intérêt… J’ai été étonné de retrouver un genre d’hommage à des pratiques cinématographiques qui m’évoquent Gondry, par quelqu’un qu’on sait apte à présenter de l’académique de haute volée… Et je ne peux pas me retirer de la rétine cette impression que ce maître renie son art et se renie un peu plus à chaque seconde de ce métrage qui passe.

Every breath you take

[Carole, sur scène, fait du piano et chante.]

Le cheminement du frère missionné (qui, après coup, fait fort penser aux cheminements faussement errants d’un certain chasseur de primes…), le jeu des relations, et l’aboutissement pour les chanteuses au bon endroit pendant lequel convergent ces fils narratifs, ont enfin permis de proposer un épisode solide. Ça s’améliore. Outre la belle performance finale, il y a eu à mi-chemin celle de cette antagoniste en carton, étonnamment réjouissante elle aussi, et à nouveau ce type de montage relativement bref et qui me plaît, à savoir ceux évacuant les voix et les bruitages au profit d’un flot de moments clés que la musique vient habiller. Cela dit, on n’est pas loin, en ce qui concerne ces séquences, de la répétition un peu facile malgré le résultat agréable. Et cette même facilité apparaît de manière nettement plus pénible lorsqu’il s’agit de redéfinir sans cesse ce personnage de perdant. Idem avec son pendant négatif, juvénile et antipathique plutôt que pathétique, qui n’en finit déjà plus d’avoir exactement la même attitude dans les quelques scènes, systématiquement fastidieuses, dont il dispose. Une propension à la caricature et à la redite, liées à une absence d’inspiration, qui m’étonnent. Les talents sont bien là, affairés à fabriquer du métrage regardable, mais ils patinent, comme s’ils manquaient de confiance. Un manque de confiance qui est peut-être dû aux déconvenues commerciales passées, ou au fait que des Japonais auront dû se résoudre à s’allier avec l’ogre étasunien du divertissement standardisé. Il est là, le malaise en moi que fait naître cette fiction : ses auteurs voudraient tellement pouvoir s’en réjouir, que l’effort transparaît, tout particulièrement à travers les personnages, qui sont globalement d’une froideur répugnante. C’est un autre parallèle intéressant : ces rares humains à l’écran, parmi la masse de machines vaguement intelligentes, n’ont presque aucun arrière-plan narratif, et n’ont aucunes racines, exilés qu’ils sont sur cette planète dont on sait tous désormais qu’on ne la colonisera ni « terraformera » jamais. Les rêves encore réjouissants d’il y a plus de vingt ans, ces chimères d’un ailleurs stellaire évident, ne peuvent plus que répugner en cette nouvelle ère de ressources raréfiées.

Life is a carnival

[Carole et Tuesday de dos sur scène, sombre, avec au sol les détritus qu’un public mécontent leur a envoyés.]

Réussir à faire tenir les moments clés et la diversité d’un festival de musique dans ce laps de temps, tout en les intégrant au fil narratif, n’était pas une mince affaire. L’idée étant de donner une expérience difficile mais instructive au duo clé, qui en sortirait grandi. Imaginer et montrer ce que pourrait être ce type de festival dans le futur est aussi une manière d’assumer la raison d’être de la série. Bon, mais c’était lunaire, ou plutôt martien, soit pas mal moche et vide, et quelque peu soupeux. Il s’en est fallu de peu pour que ça me laisse indifférent. Le lien entre deux personnages vaguement charismatiques, tout juste arrivés, et qui se sont parlés plus ou moins indirectement, a joué positivement. Contre toute attente, les effets et l’ambiance de la scène, ces lumières artificielles, le fait que d’aucuns dans la foule apprécient simplement malgré tout ce qu’il y a de superficiel et de critiquable en ces prestations, m’a aussi fait baisser un peu ma garde, contrairement au dessin des visages parfois ratés. Je ne peux pas dire que la mise en scène m’impressionne, mais quelques plans, notamment celui d’intimité entre les objets à la taille démesurée, ou ceux profitant de la silhouette pulpeuse de la star délivrant ou accueillant le phénix, s’en sortent bien. Ce n’est toujours pas foisonnant d’émotions, mais disons que ça essaye, un détail après l’autre dans le flux impersonnel, de bien faire.

Show me the way

[Carole de face en plein milieu du cadre, sur scène, avant la performance du duo dans le cadre de cette compétition pour accéder à la télévision. Elle porte de grosses lunettes de star du futur moches. L’arrière- plan est hideux, elle porte la guitare en images de synthèse qui détonne et son visage est mal dessiné.]

Cette fois, on touche le fond. Qu’on pende s’il vous plaît ces commerciaux déguisés en scénaristes ! D’où leur vient qu’ils n’ont pas le début d’un minimum de recul sur leurs idées foireuses ? Comment se fait-il qu’on leur ait donné carte blanche, y compris lorsqu’il s’agit de singer ce qui se fait de pire actuellement à la télévision ? Un concours de chant dans une fiction se déroulant sur Mars… est-ce que dit comme ça, vous la sentez, cette doucereuse odeur de navet ? Vous le voyez venir, ce petit robot rond et rigolo, qui déjà m’avait pris la tête dans l’épisode qu’il occupait entièrement, et qui fait cette fois semblant de savoir chanter ? Vous les voyez venir, ces personnages en costumes avec leurs attitudes grotesques, montrés frontalement, avec des inserts récurrents en contre champ sur ce trio de juges de pacotille anonymes et dépités – mais vraiment pas autant que moi –  ? Eh bien voilà, c’est cadeau. Cet ersatz de scénario parvient à écumer les plus mauvaises idées comme un ivrogne les bars, mais pire, le résultat final ne parvient pas, lui, à se défaire de cette ambivalence dans le traitement, qui se voudrait joyeux et bien marrant, alors qu’il jette à la gueule tout le mépris qu’on est en droit d’avoir pour ces méthodes à la moderne et à la cool et pour ces starlettes en courant d’air. Gros malaise de spectateur durant cette bien trop longue séquence itérant bêtement, et ne laissant même pas au duo de personnages clés la possibilité de compenser. Malheureusement, le reste était du même acabit : banalement direct et explicatif, bavard, simpliste. Il y avait pourtant une occasion à saisir pour joindre enfin, au moins sur le plan cinématographique, les parcours du duo et de celle qu’on présume être l’antagoniste, en mettant en parallèle les solitudes, mais même pas. Les scènes sont simplement présentées les unes après les autres, de manière décousue ou attendue. C’était l’épisode de la catastrophe, sans musique, sans chant, sans enjeu digne de ce nom, mais avec ses décors lisses et vides, ses caricatures à n’en plus finir et son final ridicule.

All the young dudes

[Tuesday à gauche et Carole à droite, vues de trois quarts, chantent sur scène pendant le concours télévisuel.]

Non seulement je regarde alors que je n’aime pas, mais en plus je me dois d’écrire dans la foulée. Quelle tannée. C’est hideux, les couleurs sont criardes et les plans et cadrages sans saveur, c’est le plus souvent mal animé, gavé de plans fixes et de visages hagards mal dessinés. Les personnages sont moches mais surtout ils sont cons, tous moches et tous vraiment cons. Le public est rempli d’abrutis encore plus naïfs et vaseux que les deux personnages clés. Ça n’en finit plus de dégouliner et de me plonger dans cet univers télévisuel que je hais. Mais le pire, ça reste ce mépris pour la musique et la culture souillées et chiassées et salies encore et un peu plus de caricatures abominables. Un mépris qui me révolte, parce qu’il suffit de sortir des grands médias et de l’univers dépeint pour être submergé par l’excellence et la créativité. À quoi bon se focaliser sur le pire et lui donner toute la place ? Et comment s’explique cette soudaine dose létale de grotesque ? C’est devenu complètement ridicule. Watanabe ou pas, c’est de la merde, j’arrête.