Kimetsu no Yaiba

Les Rôdeurs de la nuit

Œuvre dévoilée au public le
Œuvre auscultée par mes soins le

★ ??? ★

Zankoku - Cruauté

[Allant dans la forêt enneigée, le protagoniste porte sur son dos sa sœur blessée dans l’espoir de trouver un médecin avant qu’elle ne meure.]

Attiré simplement par l’affiche de la série, je viens de me prendre, en en visionnant le premier épisode, une petite claque. Il était foutrement beau, grâce à une technique aboutie, faisant bon usage de l’imagerie calculée, et de par ce dessin atypique, très ancré, offrant entre autres une bonne pesanteur dans les morphologies (je chipoterais seulement sur la grosseur des visages ou des yeux, qui me dérange parfois un peu). Mais c’est surtout l’histoire qui m’a accroché. Le dialogue familial basique et excessivement positif en introduction m’a cela dit d’abord laissé circonspect, tout comme le rapport du fils, le protagoniste, aux villageois, pour les mêmes raisons. Les choses ont changé pendant le trajet retour, puis carrément déraillé au petit matin sanglant. Ni détour ni excès quant à cette violence, ce que je prends comme une promesse d’un juste milieu en la matière, avec des blessures et séquelles nettes, mais sans monstration gratuite. C’est un peu plus loin que je me suis fait prendre de court et surprendre par ce déroulement, à mon sens inattendu, et même plusieurs fois successivement. J’adore ce que le ou les scénaristes ont tiré de cette situation de départ à travers l’action. Le duo clé qui s’est extirpé de l’horreur (trop brève malgré tout) me plaît beaucoup, et je trouve l’insertion du fantastique dans cet univers médiéval japonais bien dosée. Le générique qui a suivi le dernier plan et ce départ pour une autre vie m’en a par contre beaucoup trop montré. Difficile de ne pas rester sur mes gardes après tous ces premiers épisodes reluisants précédant des désastres. Je suis, quoi qu’il en soit, très enthousiasmé.

Urokodaki Sakonji, le formateur

[En pleine nuit dans la forêt, le protagoniste regardant, de dos, la lune qui l’éclaire]

Je suis vraiment très impressionné par la technique : ça bouge extrêmement bien malgré la quantité de détails, mais surtout, c’est parfaitement constant – aucune scène ne vient gâcher le flux, aucune n’est venue compenser par nécessité la somme de travail effectuée sur d’autres –, et comme le scénario est correct quoique traditionnel, c’est doublement agréable. L’univers se dévoile en même temps que le protagoniste en découvre cette partie surnaturelle, lequel protagoniste n’est pas parfait en plus de débuter tout à fait, mais n’a rien de bête, ce qui laisse penser que sa progression sera intéressante. Sa motivation est claire, incarnée même (par sa sœur transformée), et la bienveillance inhérente à ces personnages de shounen a pour elle de nuancer pour le moment, dans ce contexte macabre et sanglant, cet autre motif des séries du genre, à savoir sa détermination héroïque (il hésite, en somme, et l’on comprend aisément en quoi c’est problématique au regard des affrontements qui l’attendent). J’ai beaucoup apprécié aussi le rythme soutenu (ce fut actif et combatif de bout en bout), les touches d’humour aussitôt dépassées, et me suis fait surprendre ici ou là. Bref, c’était très bon, mais malheureusement un peu trop facile et balisé.

Sabito et Makomo

[Sabito, jeune sabreur en kimono et au masque de renard, de face et debout devant cette énomrme pierre que le protagoniste doit pouvoir trancher. On voit les trois quarts du personnage, c'est le soir, il neige.]

  : Deux ans en 20 minutes. Moi qui m’attendais à ce que l’entraînement s’étale durant de nombreux épisodes, je suis une fois de plus surpris. L’explicatif qui aurait pu gréver le tout début de la série n’est apparu, brièvement, qu’en introduction de ce troisième épisode, suivi par une succession de scènes elliptiques et narrées en voix superposée par le protagoniste. Celles-ci furent animées volontairement plus sommairement, façon cartoon, dans des décors toujours magnifiques, avec des couleurs chaudes à m’en remplir le corps comme un beau voyage, et sur cette musique tout aussi réussie et dépaysante. C’est, cela dit, en deuxième partie d’épisode que mon implication est montée d’un cran, grâce à l’apparition de deux personnages mystérieux et charismatiques, affrontant et aidant, guidant dans la foulée du mentor déjà relayé au second plan, et probablement avec son assentiment. On retrouve alors cette particularité d’un scénario qui distille ses informations, et parvient de la sorte à fasciner, aidé par ces dessins de personnages reconnaissables parmi cent et cette réalisation régulièrement intéressante en termes de plans et de points de vue. Fasciné, presque halluciné, le protagoniste l’était aussi, et les disparitions dans le brouillard, le remplacement soudain du corps par l’objet, ont fait naître en moi des questions auxquelles je n’aurai peut-être pas de réponse. Sont-ils morts ? Sont-ils des fantômes habitant la pierre et assurant la relève ? Espérant qu’elle advienne et plaçant leurs espoirs, pour cette fois, dans celui qui doit depuis un an déjà la trancher, cette pierre. Deux années pendant lesquelles la sœur n’a pas ouvert l’œil. On nage en pleine fiction fantastique modernisant les mythes, du démon, du vampire, de l’anthropophage et du samouraï, isolés dans notre montagne réservée à l’ermite et à son disciple, sur laquelle les saisons s’égrainent et le jeune homme, fortifiant son corps et l’aiguisant, mûrit encore. Paradoxe de cette excellente fabrication : on aimerait que tout cela dure. Est-ce raisonnable, de dilapider ainsi cet immense potentiel narratif ? La suite le dira.

La sélection finale

[Le protagoniste, dont on ne voit que le haut du corps, s’émerveille des glycines, lumineuses de nuit, qui l’entourent et qu’il touche avec sa main gauche]

Quel dommage d’avoir explicité si facilement, si tôt dans l’épisode, et surtout de manière si redondante et évidente ensuite et encore. Le scénario qui fut d’une belle finesse précédemment en devient médiocre cette fois. Rester, dans la diégèse, quelques heures durant avec le mentor fait presque bizarre, le changement de kimono me trouble un chouïa aussi, des détails, que ne sont pas les glycines presque fluorescentes puis les voix simultanées de ces deux introductrices à cette « sélection finale ». Le concept est simple, et donc efficace : survivre dans un genre de prison naturelle à démons, sept nuits et jours durant. Et comme le laissaient envisager les épisodes précédents, l’action ne s’est pas faite attendre. L’occasion de découvrir les progrès et pouvoirs acquis par le protagoniste, dans des performances animées sécantes et divertissantes. Mais après les frissons à l’entrée, ce monstre moche qui a occupé la dernière séquence, beaucoup trop bavard et apathique, a tout gâché. Il m’est désagréable que ce soit ce personnage principal, qu’évidemment nous suivons, qui réussisse à vaincre et déjà ce Némésis. Le drame, après s’être installé avec ses gros sabots, s’est résolu en un tournemain et n’a pas pu, dans ces conditions, me toucher. Après m’être interrogé hier, je suis frustré aujourd’hui, par ce potentiel relativement gâché. J’ai tout de même passé un bon moment, largement nocturne, porté par les notes et mélodies exotiques et divergentes.

Chacun son acier

[À gauche, le mentor au masque de tengu, à droite, le forgeron au masque de bouffon.]

L’introduction dans l’immédiate foulée du final précédent s’est avérée touchante, mais ensuite, tout a été expédié, au point de me laisser indifférent. Il y aurait tant à montrer et à dire, et voilà qu’on se retrouve avec une succession de scènes prétendument importantes bientôt vidée de sens. Ces décisions quant à la construction narrative sont incompréhensibles. Le protagoniste est-il resté éveillé les 7 nuits et jours durant ? Est-il arrivé dès après la fin de la première nuit comme l’absence de signification des ellipses le laisse à tort entendre ? Pourquoi faire du retour à pied une épreuve presque plus difficile que la sélection pendant laquelle sont pourtant morts, paraît-il, une quinzaine de jeunes ? Et ces erreurs non seulement s’accumulent mais s’ajoutent aux cachotteries volontaires du scénario. Ce n’est ni mauvais ni désagréable pour autant, l’univers restant singulier et enchanteur, mais c’est plat, tristement et banalement plat malgré tout ce que véhiculent l’image et la musique – un déséquilibre entre la forme et le fond qui a tendance à m’agacer nettement.

Le chasseur accompagné d’un démon

[Le protagoniste, de dos mais qui regarde, déterminé, l’objectif, et sa sœur, de face, qui sort de la boîte qu’il porte justement dans son dos.]

Tambour frappé, nouveau départ, lente enquête, affrontement qui dure. Synthèse par trop présente, mais la nuit est venue, et avec elle l’occasion d’incarner le cauchemar dans un démon, métaphore du réel autant qu’extension des angoisses. Le rythme soudain plus lent permet d’intensifier, même si mon implication reste superficielle du fait de l’enjeu secondaire, l’histoire débutant en quelque sorte à nouveau. Les attaques pourfendent en respirations, et la musique fait plus qu’accompagner, elle insuffle ce qui manque de vie dans ce nouveau décor plus urbain dans lequel, je l’espère, on ne s’attardera pas. J’aurais aussi préféré que l’horreur ne soit pas seulement évoquée. Sans elle, ce verre est à moitié vide plutôt qu’il est à moitié plein.

Kibutsuji Muzan

[Le protagoniste, face à l’objectif, pose sa main vers nous, sur l’épaule de celui qu’on présume être l’antagoniste et dont on ne voit pas encore le visage, hors-champ.]

Têtes tranchées, sang versé, dans un affrontement bien mené, ni trop long ni trop court. Informations bien amenées, au gré de l’action pour l’essentiel, mais cette passivité d’un protagoniste trop intellectuel qui frustre dans les dernières secondes du métrage. Et un japon pas si médiéval que ça, finalement… J’avais choisi d’occulter les câbles aériens apparus dans l’épisode précédant, en espérant qu’ils aient une autre utilité… mais si, c’était bien des câbles électriques. Ce n’est pas un détail, car toute ma vision de l’univers en question s’en trouve chamboulée. Rencontrer si tôt l’antagoniste principal n’est pas rare, cela permet d’affermir l’enjeu tout en installant l’ampleur du défi. Ici, le charisme est net, et la particularité de ce personnage semble intéressante de prime abord. J’y vois clairement un Dracula nippon… même si je ne connais plus grand-chose du mythe original. À partir du peu que dévoile cet épisode, on peut imaginer des manières dont il s’est occupé de la famille du protagoniste plus sordides encore que ce que leurs dépouilles laissaient voir. Mais tout ça est expédier un peu vite la première moitié : la décision prise par ce même protagoniste de plonger, d’aller en territoire ennemi, m’a surpris, non seulement pour la mise en danger qu’elle constitue, mais aussi sur le plan narratif ; je n’aurais pas forcément su saisir cette opportunité de modifier rapidement le contexte, alors qu’elle occasionne une situation inédite et donc intéressante. Sa réponse à la colère de l’impuissant personnage secondaire était aussi très juste. Plein de bonnes choses donc, qui ne suffisent pourtant pas à me réjouir véritablement. Sans doute parce que, malgré le développement rapide, tous les leviers d’une émotion qui se débriderait restent freinés. Le protagoniste intériorise beaucoup et, en combattant mûr, dégonfle ou maîtrise à chaque fois ses propres emportements. Tant qu’il ne participera pas du groupe montré depuis sept épisodes déjà dans le générique d’introduction, ça manquera d’une polyphonie susceptible de me nourrir. Quant à ce corbeau qui parle…

Le Parfum du sang d'envoûtement

[Deux démons découverts durant cet épisode, le jeune homme en chemise blanche à gauche, la femme mûre en kimono sombre à droite, face à nous. Derrière eux, un ensemble graphique et multicolore de fleurs, de pétales et de flux correspondant au pouvoir de la démone dans lesquels ils baignent.]

En voilà un épisode réjouissant ! Et notamment parce qu’il m’a surpris. L’univers y est développé à travers ces nouveaux personnages, toujours aussi charismatiques, et qui forment surtout un ensemble hétérogène en termes de passifs et d’objectifs. Ils ont donc des rôles bien distincts et leurs rencontres pas forcément courues d’avance donnent lieu a des échanges intéressants. Comme la trame sort des senties battus, rien ou presque ne semble définitif. Les bonnes idées affluent (envoûtement, passe muraille, médecine, l’espoir formulé avec rigueur et douceur…), même si quelques-unes me semblent saugrenues (en l’occurrence les attributs des opposants se déclarant en fin d’épisode), le pire (horrifique) à l’image côtoie le meilleur (japonisant et poétique), et je me retrouve à profiter simplement de cette composition chamarrée qui est comme offerte en présent sincère aux yeux du spectateur.

Les démons aux ballons et aux flèches

[Le protagoniste et sa sœur, droits et déterminés au centre de l’image et au cœur du champ de bataille dans ce jardin la nuit, entourés d’arbres dont les pétales blancs ressortent. Lui, à droite, regarde à gauche. Elle, devant lui à gauche, regarde à droite.]

Le fluide narratif a été interrompu sans cesse, par les réflexions lentes et vocales même si mentales du protagoniste, par les plans animés en images calculées qui détonnent, et par ces foutues attitudes caricaturales des attaquants, le pire étant ces rires sardoniques répétitifs de la fille. Trop d’incohérences sont de plus venues entacher l’affrontement, de la puissance destructrice de l’ennemi montrée avec emphase mais qui n’induit finalement aucun dégât irrémédiable, à la réaction lente, figée et bavarde des personnages attaqués. Le tout faisant émerger deux problèmes structurels : la fabrication des plans réalisés par différents animateurs, indépendamment les uns et des autres, pas forcément dans le bon ordre, et mêlés ensuite seulement, ce qui, je trouve, s’est vraiment senti, et ce formatage, cet étau temporel, qui impose tantôt de faire durer, tantôt de tronquer. Je suis du genre à apprécier la focalisation sur l’action, mais je la goûte visiblement assez peu dans ces conditions. Ce fut mou, alors que ça aurait pu, et m’est avis dû, être tranchant, sans quoi la supériorité et la létalité des adversaires perd toute crédibilité en même temps que la tension disparaît. Il n’est jamais évident d’arriver à ses fins, mais cet épisode m’a frustré voire énervé du fait de ce décalage entre la volonté affichée par les narrateurs et le résultat présenté.

Nous resterons ensemble

[Le personnage féminin de démone médecin use de son pouvoir altérant les sens par l'odeur, représenté en volutes blanches et pourpres à l'écran. Elle tire une manche de son kimono sombre à fleurs écarlates et lève son bras gauche ensanglanté, d'où émanent les volutes.]

Tout le poids de l’épisode précédent s’est envolé dans les attaques, le mouvement, le sang, et des dialogues relativement concis. L’opposition s’est jouée à la force d’un côté, à l’endurance, et de l’autre aussi dans un premier temps, puis beaucoup plus subtilement grâce à ce personnage féminin de médecin très mûr. C’est sa relation avec la sœur du protagoniste, elle aussi faite démone donc, mais autrement plus infantile, qui donnera ensuite toute leur texture aux dernières interactions. Ces quatre personnages qui restaient pendant cette séquence précédant le départ vers d’autres aventures étaient tout à la fois beaux grâce au dessin, aux couleurs, à ce trait spécifique, à ces costumes, aux coupes de cheveux, mais aussi bien écrits, bien distincts, tout en formant ces deux duos qui, in fine, avaient à dialoguer au-delà des affaires et de l’urgence. L’émotion a été là amenée puis exploitée avec la lenteur adéquate (pour peu qu’on puisse parler de lenteur dans ce format), tandis que celle qui anime un peu constamment le protagoniste, si je la trouve justifiée ou intéressante, me laisse davantage sur mes gardes. Le retour du jour, entre temps, a fait grand bien. C’est un peu ça aussi, cette série : un genre d’accumulations de cauchemars nocturnes, que le jour finit par évacuer. La boîte que porte dans son dos le protagoniste, sur le plan métaphorique, pourrait tout à fait être un cercueil portatif : il y trimballe le cadavre de sa sœur, que l’horreur ressuscite par intermittence…

La Maison aux tambours

[Le boulet de nouveau personnage, geignard, s’accroche littéralement au protagoniste qui doit le traîner.]

Longue introduction très laborieuse, notamment du fait de l’apparition d’un personnage absolument insupportable parce qu’il n’arrête pas de gueuler et de gesticuler ; le pire étant que son attitude contredit ce que le scénario avait mis en place jusqu’ici, et particulièrement pendant la sélection à laquelle il aura survécu, contrairement à tant d’autres, malgré sa hantise et sa couardise ; j’ose espérer que ses compétences se révéleront, le moment venu, époustouflantes pour compenser, même si ça paraît difficile étant donné la purge qu’était cet épisode, qui jouait quand même la carte de l’horreur et tentait d’instaurer la peur chez le spectateur aussi, ce qui était bien sûr impossible dans ces conditions ; les gémissements et hurlements ont persisté, excessifs, sans que ça ne dérange plus que ça un protagoniste auquel je ne pouvais dès lors plus du tout m’identifier ; la capacité de l’ennemi, ébauchée de manière pertinente par interstices entre ces frasques, m’a semblé à l’inverse plus intéressante ou avoir un meilleur potentiel que celles des du duo d’adversaires précédents ; rien à l’image ne m’a touché, mais quelques notes ou sons m’ont davantage interpelé ; j’ai regardé cet épisode parce que j’avais commencé la série plutôt que par envie, reste à voir si le phénomène se reproduira encore et pendant combien de temps…

Zen’itsu dort, le sanglier montre les crocs

[Zen’itsu au premier plan, dans son kimono jaune sur sa tenue de combat noir. Personnage employant la foudre et rengainant son sabre après avoir décapité en un éclair le monstre dont on voit le buste sans tête à l’arriêre-plan.]

C’était lent et répétitif. J’ai profité des quelques secondes de belle animation sur la fin, mais deux des trois ennemis (ceux sans histoire ni nom, et dont on aurait tout aussi bien pu se passer) se sont fait pourfendre en une demi-seconde entre temps et malgré les longueurs ayant mené jusqu’aux affrontements. Ces narrateurs font durer, sans remplir, sans nourrir, en arrosant de dialogues quadrillés et vains, en habillant des mêmes expressions faciales et des mêmes attitudes. Si bien que je ferais mieux d’écrire à propos de ce que j’ai lu et vu d’intéressant avant ça, hors champ du divertissement, et de laisser à ce dernier le soin de me reposer, voire de m’ennuyer, très temporairement du moins.

Ce à quoi je tiens plus qu’à ma vie

[Le personnage au masque de sanglier, face à nous et à Zen’itsu dans la partie gauche et haute du cadre, menace ce dernier dont on ne voit que les épaules et l’arrière de la tête au premier plan. Le sabre de l’assaillant traverse l’image jusqu’au cou du protecteur.]

Outre l’affrontement plus abouti, les profils psychologiques se sont précisés, et j’apprécie qu’ils se complètent. Plusieurs facettes supplémentaires du personnage insupportable ont été dévoilées avec un certain soin et les événements s’enchaînent plutôt bien. Il a fallu en revanche que les dernières minutes m’agacent nettement par l’absurdité de leur contenu, avant qu’une coupe franche au moment de la libération vienne me frustrer encore davantage. Le procédé, quoique désagréable le plus souvent, est connu et attendu, ce n’est pas le problème. Le problème tient dans la manière d’amener cette tension, très pataude en l’occurrence, toujours du fait de l’inaction et de l’inertie du protagoniste qui tarde à agir, sans justification, simplement parce que c’est utile aux narrateurs. Je reste donc malgré moi sur cette mauvaise impression finale, et imprégné de la lourdeur de l’ensemble.

Le Blason des glycines

[Tanjiro, le protagoniste, et Inosuke, le personnage au masque de sanglier, se battent à main nue.]

Ça valait le coup de poursuivre ! Ce quatorzième épisode m’a beaucoup plu. Non seulement le combat en première partie était bien animé et très mouvementé, mais la deuxième partie m’a surpris, en changeant son format vers quelque chose comme une succession de sketchs, qui m’ont fait rire de bout en bout. Ce trio de personnages, pour cette fois du moins, s’est équilibré en rebonds, réparties et contrastes constants. Il compose une brochette bigarrée. J’ai pu souffler un peu aussi en sortant de ces logements trop similaires et rigides du fait de l’usage permanent de l’imagerie informatique. Ce n’est plus folichon en extérieur, mais au moins ça respire. Et il y a aussi ces éléments secondaires, tel que le chat apparu et presque aussitôt disparu dans l’épisode précédent, ou les motifs sur les couettes dans celui-ci et tout ce qui tourne autour de cette plante repoussant les démons, qui agrémentent et concrétisent cet univers construit. L’envie d’y replonger est revenue.

Le Mont Natagumo

[Seul en plein milieu du cadre avec une immense lune derrière lui dans ce plan nocturne, ce nouvel adversaire aux caractéristiques d’araignée, en kimono blanc et aux cheveux rosâtres et crochus. Une belle image, très contrastée.]

Tant de temps perdu dans ces joutes verbales puériles, et, pire finalement, dans ces explicitations vocales des faits cinématographiques et scénaristiques. Lenteur retrouvée après les sketchs d’entrée ratés, mais une ambiance nocturne hostile et poétique qui transparaît parfois, entre les cris inutiles. Le fait que les ennemis ne profitent pas des défauts de leur adversaire les rend d’entrée caduques car bêtes ou incompétents, ce qui est renforcé par les anonymes qui à la place des personnages principaux se font avoir. Je suis déçu, aussi, par la manière d’amener les rencontres : sommes simplement guidés par les piafs parleurs et trop bien informés jusqu’aux repères (sans recherche donc, sans enquête, sans errance non plus), où seules des proies égarées semblent venir perturber ou nourrir les monstres. Et puisqu’il n’y a jamais de contact porteur de sens avec la vie de la cité, puisque ce monde que sont censés défendre les guerriers que nous accompagnons n’existe qu’en théorie trop souvent, alors leur raison d’être et d’agir, et la nôtre de regarder, s’efface, laissant peu à peu sa place à l’ennui ; ce qui n’adviendrait pas si les scénaristes assumaient la médiocrité de leur matière et la compensait ou complétait sincèrement. Au lieu de quoi l’on se paye tout ce faux contexte qui me fatigue, et toujours à cause de cet abject formatage industriel.

Faire passer les autres avant soi

[Le protagoniste catapulté vers l’adversaire arrive sur lui par les airs en haut au centre de l’image : sa silhouette et son sabre sont inclus dans la pleine lune. Au premier plan, centré en bas de l’image, l’arrière de la tête du personnage visé.]

Le déroulement suit son cours, ça bouge bien, c’est toujours très propre visuellement, et pourtant, je ne suis qu’assez peu emballé. Le duo que forme le protagoniste avec le combattant hyperactif et presque écervelé occasionne quelques interactions sympathiques, mais la menace en face ne valait rien, et les inserts récurrents sur le geignard ont encore cassé le rythme déjà pas fougueux. Il y a aussi ce schéma consistant à nous en dire plus sur le monstre juste après qu’il a été découpé pour de bon et pendant qu’il se dissipe. Des bribes qui viennent toujours dans les mêmes conditions, a posteriori, insuffisantes, et qui en plus qui justifient et plaignent trop souvent, dans une sorte d’apitoiement constant, de morale bon marché. L’épiphanie est même venue, cette fois-ci, annuler purement et simplement une colère qu’on nous avait présentée comme terrible quelques instants plus tôt. Ce n’est pas absurde, ça se défend, mais j’y vois quand même des maladresses qui rendent ce divertissement plat malgré ses bonnes intentions et ses qualités.