Koutetsujou no kabaneri

Kabaneri of the iron fortress

Œuvre dévoilée au public le
Œuvre auscultée par mes soins le

★ ??? ★


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  1. 13. Unato kessen 1/3
  2. 14. Unato kessen 2/3
  3. 15. Unato kessen 3/3

Unato kessen 1/3

[Mumei, le personnage clé féminin face à nous, floutée dans la simulation d’une faible profondeur de champ, donne un bon coup de crosse de fusil au zombie qui lui fait face et qu’on voit de dos, la nuque pliée, au premier plan net.]

Ne m’attendais pas à une saison supplémentaire. La fin de la première, de mémoire, m’avait dégoûté. C’était il y a un moment, et ces nouveaux premiers plans, suffisamment lents, magnifiquement colorés, me mettent dans le bain. Le générique d’introduction, surchargé, gâche mon immersion, mais la superbe séquence de batailles qui s’ensuit me reprend ; que de plans excellents, superbes enchaînements, animaction divine, pendant quelques instants… puis il a bien fallu les faire parler, ces personnages charismatiques, et avec les nouveaux, qui le sont aussi, charismatiques, mais du genre antipathique. Dans ce japon décimé, il resterait encore et toujours ces abrutis gueulards, arrogants et querelleurs au pouvoir. Un scénario exacerbant le pire et accumulant jusqu’à l’absurde les tensions qui reste familier malgré le temps qui a passé. Désagréables relents. En tout cas, je me disais qu’à défaut d’autre chose, ce premier épisode serait beau et bien fichu, et j’ai été servi. La coupure sèche, en fin d’épisode, confirme cela dit qu’il s’agit bien d’un long métrage tronqué.

Unato kessen 2/3

[Mumei, le personnage clé féminin, découvre l’environnement hostile dans lequel elle vient d’atterrir : cadavres embrochés sur les pics rocheux d’un genre de cave naturelle sombre et bleutée.]

Horreur et poésie – comme ça me parle ! –, tantôt avec puissance, tantôt avec subtilité. Un ventre mou prenant malgré le développement attendu, les incohérences et les facilités. Dialogue condensé, incompréhension utile au déploiement narratif, mort des personnages anonymes, précipitation non justifiée d’un des chefs de guerre… et pourtant ça fonctionne, ça m’a touché, parce que les scénaristes se sont focalisés sur les forces de leur objet, à savoir la connexion entre les deux personnages clés, romance intense, et la brutalité des affrontements, lesquels auront été rendus marquants grâce à la stratégie des adversaires, effectivement surprenante pour une bande de zombies, et les formes et attitudes des monstres qui les dirigent. La menace n’a cessé de grandir, et la situation d’empirer, si bien que l’absence de motivation des uns ou des autres est passée au second plan : c’est la guerre, et plus rien n’a de sens. Seuls la douleur et le désespoir percent, depuis cet océan de violence et d’abrutissement militaro-industriel. En tant que spectateur, je suis visiblement prêt à passer ce contrat-là avec l’auteur. S’il assume sa démarche et va jusqu’au bout, s’il gorge de détails et de mouvements et de passions sa fiction, je chasse mon incrédulité et profite de son mets de larmes et de sang, cinglant, et même s’il fait de la femme un être sensible et de l’homme son sauveur, ce que légitime peut-être le fait qu’il en soit ainsi à travers la bestialité de ce dernier, majoritairement funeste, salvatrice en ultime foudroiement.

Unato kessen 3/3

[Mumei, personnage féminin principal, les yeux perçants et le visage déformé par la vitesse au premier plan tandis qu’elle se jette sur l’adversaire.]

Il s’est passé tellement de choses en une vingtaine de minutes ! De véritables montagnes russes, qui ont pourtant laissé toute leur place à la beauté et à la poésie, incrustées dans puis entre puis à nouveau dans la férocité des affrontements. Continuité de plans magnifiquement cadrés, aux couleurs et lumières fascinantes, et de séquences animées et coupées avec les mêmes excès dont il est question. Du sens est même venu justifier des séquences qui m’avaient un peu gêné précédemment ; l’ensemble étant cohérent. J’ai douté au début, tandis que tout allait soudain mieux puis qu’on retournait dans le passé, mais ces phases se sont révélées en être, et diablement courtes au global. La musique n’était pas en reste, expressive, emballée, pleine de subtilités pour autant ; et elle évoque forcément Shingeki no kyojin des mêmes fabricants, ce qui ne fait pas de mal ; d’autres points y renvoient aussi, tels que la consistance des personnages féminins, oscillant entre la douceur fragile et les éclats voire la surpuissance cosmique, rien que ça – Mikasa et Mumei, même combat. Les relations entre les personnages en ont profité et, malgré le rythme et la brièveté, ont ainsi gagné en densité. Les quelques scènes de conclusion enjouées ont par ailleurs confirmé le point de vue des créateurs, décidés à faire valoir leur opinion quant aux sentiments et aux cycles – la destruction côtoyant l’amour bâtisseur, l’horreur et le sang la douceur, la haine l’espoir, et ainsi de suite. Un condensé de la vie en somme, qui se fraye toujours un chemin, quoique nos sens paradoxalement aveuglants nous empêchent de l’observer – et plus ces sens seraient sollicités, plus nos sensations seraient exacerbées, plus ce phénomène (d’une vie qui nous dépasse et en quelque sorte nous survit justement) nous échapperait. Je ne me souviens plus bien de la série qui précédait, si ce n’est qu’elle m’avait régulièrement agacé, mais ce long métrage, je prendrai clairement plaisir à le revoir, notamment dans sa forme indivise si j’en ai la possibilité.