Seirei no Moribito

Œuvre dévoilée au public en
Œuvre auscultée par mes soins le

★ ??? ★

Balsa, la femme garde du corps

Suis entré facilement dans ce japon médiéval aux airs d’un Ghibli, en couleurs lumineuses et champêtres et où la marche est la norme ; c’est accueillant, sur le plan narratif aussi, car le protagoniste est pour une fois non seulement une femme, mais aussi mature ; une femme qui se bat, à la lance, et mieux que quatre hommes ; pleine de ressources et qui saute sans hésiter dans les courants forts d’une rivière pour sauver autrui ; tout ça fait beaucoup… mais devient laborieux par les excès sur tous les autres plans, et notamment côté dialogues et manières : c’est lent, mais inutilement lent, parce qu’étrangement prévisible ; suis, du coup, aussi curieux que sceptique, d’autant que la dynamique de la fuite sans autre objectif que la survie me paraît faible.

Le chasseur et la proie

Je trouve l’animation vraiment agréable, très réaliste, comme le reste : le soin apporté, par la précision et le détail, notamment historique et quant à la manière de vivre à l’époque, favorise grandement l’immersion. Les interactions entre les personnages étaient par ailleurs bienveillantes, tant du côté du pouvoir que de la garde du corps, temporairement seulement sans doute, mais cela fait du bien aussi. La musique de Kenji Kawai, que j’avais écoutée longuement avant de regarder ce début de série, aurait tendance à me faire sortir de la fiction en focalisant mon attention. En l’état, c’était en tout cas parfaitement homogène, mené avec délicatesse, et très prometteur. Je trouve intéressant, aussi, que ce prince qui sort d’un cocon très particulier, soit autant fier qu’il est effectivement et logiquement un boulet. Et j’y pense, la filature a été très bien intégrée à la narration : discrète et sans ficelles, mais évidente, tandis que les précautions prises pour l’esquiver étaient du même ordre : réfléchies, méticuleuses.

Combat à mort

C’était follement beau ! Animé excellemment, scénarisé et narré avec subtilité, c’était nocturne et pluvieux, c’était rempli d’action, de gestes dans le combat comme en dehors, et ce fut même surprenant sur la fin, en plus d’avoir été crédible tout du long malgré la situation relativement inextricable. Je suis impressionné… Les personnages sont bien dessinés, tout à fait reconnaissables malgré la nuit, y compris les quatre militaires samouraïs, animés qui plus est d’une éthique et grandis d’un arrière-plan narratif. La réalisation a montré, et les animateurs ont fait le taf, le spectacle des lames, de la lance contre les sabres puis des lances entre elles, m’a ébouriffé. La différence entre le bourg et les champs, les courses dans les rizières, le commandement par sifflements, les bois, le fil d’eau depuis la roche, la pluie la boue le sang qui souillent les vêtements, l’ambiance orageuse après le calme départ, ces deux lunes qui rappellent qu’on est en pleine fiction, la succession de péripéties, que c’est dense et bien vu ! Je ne m’attendais vraiment pas à une telle qualité, la série ne m’ayant jamais été citée… Ça pourrait bien sûr ne pas durer, mais en l’état, c’est admirable.

Les écrits de Torogai

C’est toujours aussi pointu : l’usage des plantes médicinales, les us et coutumes en lieu médiéval japonais, les tenues, les postures, la calligraphie, les rôles et castes, et de là les attitudes des uns et des autres selon qu’ils sont d’un rang ou d’un autre ; à cela s’ajoutent la magie et l’affrontement – shamane et samouraïs – qui ne sont ni prépondérants, ni oubliés ; les dialogues informent le spectateur sans tomber dans l’explication, et peu à peu l’enjeu d’ampleur se met en place ; il n’y a que le contraste excessif qui me gêne un peu (or je ne peux affirmer qu’il soit une volonté des fabricants) ; j’aurais pu trouver le déroulement lent sans ces détails qui viennent nourrir la narration ; il y a aussi ce rapport à la nature, sa présence (le temps change, les animaux vivent), son importance même, puisqu’elle s’inscrit en nœuds clés dans le scénario, et ces relations qu’entretiennent les personnages du camp humaniste, qui me plaisent ou me rassurent (l’opposition d’avec la noblesse ne supportant aucune « souillure » et tellement trop rigide et fière est nette) ; l’épisode m’a, cela dit, donné l’impression de faire tampon, de (nous) retenir, convalescence légitime aidant ; un épisode de transition donc (et déjà).

L’étape secrète : la main bleue

L’équilibre entre les dialogues et les actes s’est fait la malle ; deux passages en mouvement, ou de l’ordre du geste : la découverte d’un monde dans le corps du jeune homme, protecteur malgré lui d’un esprit ou d’un monstre en devenir donc, et la découverte, à l’autre bout du spectre scénaristique, d’un genre de temple souterrain contenant, par les écrits que lui-même contient, lui aussi un monde ; deux passages relativement forts, mais aux conséquences nulles dans l’immédiat ; c’était par ailleurs bavard, mais les dialogues jouissent d’un certain relief, du fait des caractères francs mais plutôt subtils des personnages ; l’univers ne s’est malheureusement manifesté que dans de trop brefs interstices ; reste que les événements se succèdent effectivement, dans un ordre cohérent, et qu’ils font évoluer les relations dans la diégèse autant que notre perception de celle-ci.

Mort sur l’Aogiri

C’est beau. Je me répète, mais ça l’est. Les plans chargés d’éléments et de couleurs pendant le voyage, l’ampleur de ceux de la dernière séquence, le caractère sacré qui s’en dégage, et cette musique qui transforme la lenteur en fluide contemplation qui fait du bien. Un cheval, un âne, montures seyant aux dames les montant, et ce loup colosse, compagnon mystique de la shamane, décidément compétente et polyvalente. Si je saisis l’idée du subterfuge clôturant visiblement cette fuite d’un côté et cette chasse à l’homme de l’autre, sa mise en pratique me laisse plus perplexe, et je n’ai carrément pas compris du tout certaines interactions, ou certaines lignes de dialogue, peut-être à cause de la traduction. Le tout provoquant une incertitude qui a malheureusement terni mon visionnage. Il n’empêche, j’ai pris plaisir, j’ai profité avant ça, des paysages, de la lenteur d’une autre époque, et je me suis senti concerné par la blessure de la protagoniste qui se rouvrait, m’inquiétant pour elle. Ça fonctionne, y compris grâce aux samouraïs habités par leur mission, grâce aussi à cette pieuse soumission de la population qui pourtant me révulse. Certaines similitudes frappantes avec Princesse Mononoke m’ont poussé à me renseigner plus avant : le roman pour jeunes dont sont issus le manga puis la série fut écrit ou publié à peu près en même temps que le film de Miyazaki, ou juste avant. J’ai aussi appris que la série avait été fabriquée par Production IG, qui décidément ne cesse d’égayer mes soirées.