Shingeki no Kyojin

L’Attaque des titans

Œuvre dévoilée au public le
Œuvre auscultée par mes soins le

★ 10/10 ★


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  1. 50. La cité où tout a commencé
  2. 51. La lance foudroyante
  3. 52. Irruption

La cité où tout a commencé

[Plan large et courbé comme s’il était capté par un objectif, avec deux personnages au centre, dont une tend son lanceur de fumigène vers le haut avant de tirer pour déclancher l’action.]

Tension admirable ; le scénario l’est aussi, l’image, la réalisation, tout est parfait. J’adore les visages dans les capuches, les expressions faciales noircies d’inquiétude puis de rage puis de peur à nouveau puis d’épiphanies sans cesse interrompues, par une giclée de sang, par un éclair transformant. Retrouver cette musique épique, cette ambiance lumineuse mais pas saturée, à mille lieues de notre modernité, retrouver ces enjeux d’une ampleur terrible et en même temps si proches de chaque personnage, qui fait partie des derniers, retrouver ces couleurs et cette manière d’adapter le trait du manga, ces mouvements et glissades aériennes, largement aidés des bruitages, retrouver cette liberté, replonger dans cette aventure critique et dans une phase absolument cruciale, tout ça procure un plaisir immense. En point d’orgue de ce plaisir : ce plan traversant depuis le bas vers le ciel puis en rechute ; envol sans ailes ; envol éphémère ; êtres chétifs inéluctablement retournés au sol, où rôde le mal, que l’écriture prend soin de cacher… La suite s’annonce ébouriffante, la situation étant finalement encore un peu plus insurmontable au moment de ce dénouement temporaire. Qu’il va être dur, agréable et précieux d’attendre la suite !

La lance foudroyante

[Le titan singe rugit et ordonne.]

Un épisode bavard, mais plein de stratégie, au final explosif et toujours aussi angoissant. J’apprécie qu’il y ait un temps consacré à l’introspection du chef militaire en plein vif de la bataille ; le rythme quoique réflexif est bon, même si l’intensité n’est pas maximale. J’apprécie aussi que ce soit une bataille logique, organisée, pendant laquelle chaque camp avance ses pions après s’être préparé, ce qu’on découvre peu à peu (en même temps que ceux qui la vivent découvrent la stratégie de l’adversaire). L’espace compte, la disposition et l’activation des groupes avec leurs compétences propres est importante, ce qu’on déduit constamment de chaque côté ou qu’on sent ou réalise ignorer, l’est encore davantage. Les personnages clés me sont chers, leur action déterminante. L’on sait que tout peut déraper à chaque instant, que ça va déraper, et qu’alors il faudra jouer de l’instinct de survie si c’est encore possible, jouer de cette fougue toute particulière qui habite la série, la faire valoir, ainsi que s’y attelle le mangaka. Une exultation approchée par le protagoniste, mais dans un duel malheureusement un poil redondant… et soudain plié ? Ce serait une saine compensation, d’un scénario en cuirasse de titan.

Irruption

[Le titan colossal en pure Némésis biblique accompagné de sa grêle de feu, debout sur la ville en flammes.]

Il devient de plus en plus difficile d’envisager une issue favorable pour le camp dans lequel se reconnaît le spectateur, et c’est une excellente chose. J’avoue que je me demandais comment cette situation pourrait s’étirer sur une douzaine d’épisodes, et celui-ci m’a donné des éléments de réponse : avec un peu de retour dans le passé, qui précise le contexte, et par le dialogue. Ce dernier point me gênerait si ces dialogues n’apportaient rien sur le fond, or l’échange entre Armin et Bertolt, pour le cas du jour, a transformé le premier, dont la faiblesse s’exprime au pire moment, et a modifié la perception du second par le groupe incluant le spectateur. Ce n’est pas si fréquent. Le scénario tire, pour y parvenir, parti des vies qui continuent en parallèle de celles auxquelles nous participons effectivement : l’univers est cohérent, et l’adversaire poursuit lui aussi son chemin, si bien que chaque rencontre, déjà capitale, devient le moment d’évolutions importantes. Je constate aussi que l’horreur des titans mangeant des humains a perdu en intensité : on s’habituerait même à ça… Souvent, l’horreur crue et réelle celle-là, qui perce à travers les médias qui vont vraiment leur boulot, m’interroge : comment accepter de vivre toujours en la côtoyant. Je ne sais dire si, cette possibilité d’une sorte de désensibilisation, a quelque chose de positif, en ce qu’elle autoriserait la survie. Shingeki no kyojin parvient à me faire réfléchir à ça, depuis le confort paisible dans lequel je vis. La fiction, et celle-ci en particulier, me plonge dans un univers certes factice, mais crédible. Crédibilité qui tient à la faiblesse d’Armin, à l’impuissance presque permanente de la plupart des personnages, à la mort continuelle de ces derniers. C’est une vision de l’humanité (s’entre-tuer jusqu’aux derniers, sans d’ailleurs en comprendre les raisons, ce qu’Armin, encore lui, ne supporte pas) que certains tentent de minimiser en ce moment, au profit d’un altruisme dont nous garderions le potentiel, y compris donc, dans les situations les plus terribles. À travers l’horreur, cette série ne cherche pas simplement à provoquer des sensations, mais, par le fil qu’elle tire, à interpeller, et à questionner. C’est précieux, au point que l’excellente technique passe au second plan.