Yowamushi pedal

En selle, Sakamichi

Œuvre dévoilée au public le
Œuvre auscultée par mes soins le

★ 3/10 ★

Je peux me rendre gratuitement à Akiba !

[On voit le protagoniste, jeune homme habillé dans son costume de lycéen japonais et portant des lunettes, de face, sur son vélo, pédaler vers nous dans une montée. Une voiture derrière lui, grossièrement dessinée, le presse et lui fait perdre l’équilibre.]

Énième série sportive, masculine et qui réserve aux femelles des rôles de faire-valoir, dans ce sempiternel univers scolaire japonais avec ses clubs, et son protagoniste ingénu qui s’avère(ra) être un prodige. Ce dont je suis plutôt client dans l’absolu (sic). Il s’agissait logiquement durant cette vingtaine de minutes de présenter les personnages, ce qui fut parfois assez laborieux, et de mettre en place un premier duel, qui parvient effectivement, mais artificiellement, à donner envie de regarder la suite. Hormis la petite originalité de ce protagoniste fan d’animation japonaise et effrayé par la compétition, pas trop mal exploitée, c’était donc très balisé… et assez moche avec ça. L’animation use comme d’habitude de ces séquences cartoon caricaturales, je trouve les visages et corpulences des personnages bizarres, leurs costumes de lycéens hideux, l’imagerie informatique dérangeante et le contexte scénique ou géographique complètement oubliable. J’estimais avoir envie ou besoin de me réfugier dans un shōnen à rallonge, mais ce n’est pas gagné… Il faut dire que j’avais relégué celui-ci au bout de la liste, notamment parce que le cyclisme me repousse plutôt qu’il m’attire, et que j’envisageais même de me passer pour cette fois de rédiger ces impressions épisodiques afin d’enquiller sans trop réfléchir, mais en fait non.

Des membres pour le club

[Protagoniste à gauche et rival du moment à droite, de face et prêts à partir tandis que des simili-groupies, lycéennes en costumes, se trémoussent à l’arrière-plan.]

Le contraste entre les deux cyclistes donne du corps à cette intrigue assez convenue. C’est surtout le caractère du protagoniste, certes prédisposé, mais surtout geek, qui rend cette introduction plutôt savoureuse et amusante. La musique s’est révélée enthousiasmante à deux reprises. Les ressorts pour initier puis relancer le défi, sans être transcendants, ont plutôt bien fonctionné. Je suis partagé quant au dessin des personnages, pas partagé du tout quant aux couleurs et aux décors particulièrement fades. Au moins y a-t-il un enjeu clair, dans la transformation très progressive du protagoniste qui découvre la vie, et qu’on devine lié à la compétition pour la suite. L’insertion récurrente des plans en image calculée par ordinateurs me pique par contre les yeux. Cette facilité empêche la réalisation de faire preuve d’ingéniosité.

Je n’ai pas d’amis

[Un genre de route ou de voie gris-jaunâtre occupe 90% de cette image archi-moche. Au centre, le cycliste en synthèse façon dessin animé, vu de dessus, depuis le côté gauche et l’arrière.]

Réussir à maintenir l’intérêt avec si peu sur le plan scénaristique est en quelque sorte remarquable… La compétition qui s’est poursuivie en première partie d’épisode a aidé, relancée à nouveau une ou deux fois grâce à quelques ressorts assez peu percutants mais qui ont le mérite d’exister. Comme d’habitude, les explications apportées aux petits nouveaux par les observateurs passionnés (intégrés précédemment au pied de biche) permettent de renseigner aussi le spectateur. C’est beaucoup trop didactique. La relation entre les deux cyclistes a cela dit progressé, l’un ayant gagné le respect de l’autre. Le protagoniste continue de découvrir ou de redécouvrir des sensations, ce qui est assez agréable, et les détails concernant le vélo, en tant qu’objet et en tant que pratique sportive, viennent habiller le tout, mais me laissent tout à fait froid. Bref, j’en ressors avec cette sensation malheureusement banale de m’être fait embarquer pour rien, ce qui est notamment dû au fait qu’aucune image ne peut me rester avec cette esthétique d’une platitude totale : urbaine, propre, à la luminosité et aux couleurs constantes, sans éléments ni climat, et restreinte par les objets calculés et les frontières étanches qu’ils forment constamment dans le visuel.

Shôkichi Naruko

[Scène dans un magasin de figurines et jeux. Le protagoniste à gauche se retrouve à parler tout seul alors que son ami en devenir s’adresse déjà au caissier sur la droite à l’arrière-plan.]

Du vélo toujours, dans une situation qui s’éternise (la poursuite du pseudo-loubard dans sa voiture personnalisée) alors qu’elle n’est pas du tout intéressante, si ce n’est qu’elle permet au protagoniste de se lier avec un autre personnage, de se faire un nouvel ami, tout en apprenant toujours à utiliser correctement son vélo… mais bon, impossible de me plonger dans cette histoire qui tente de nous faire croire qu’un lycéen n’a jamais passé une vitesse et qu’il n’a même pas remarqué qu’un deuxième plateau ainsi qu’un sélecteur au niveau de la poignée avaient été récemment installés sur le sien. Vouloir insérer dans son fil narratif des surprises et quelque chose comme des rebondissements est louable, mais encore faut-il les choisir avec soin puis réussir à les amener intelligemment, ce qui n’est en l’occurrence pas le cas. Ça manque de subtilité à tous les étages, et sans pour autant parvenir à insuffler une véritable énergie à ces péripéties : c’est lourd d’astuces et de ficelles, froid visuellement, grossier côté relationnel et trop évident et didactique au niveau des dialogues. J’aimerais pouvoir m’en contenter pour tuer le temps, mais non, la recette est trop flagrante et l’univers insipide.