Beauté martyrisée

Lucy

Attachez votre ceinture, on traverse quelques turbulences ; Scarlett Johansson ©Europacorp

Dire que le dernier film de Luc Besson a divisé est un euphémisme. Il a en tout cas fait parler, et plusieurs mois plus tard, je m’y colle. Alors, en quelques mots, Luc et Scarlett sont-ils partis en vrille ?

Disons que le meilleur y côtoie le pire, ce qui donne un cocktail à peu près aussi dérangeant que celui qu’ingère la protagoniste, avec des effets réflexifs possiblement similaires pour peu qu’on se donne la peine de chercher et qu’on fasse preuve d’une certaine miséricorde (ou d’une forte capacité d’abstraction, au choix). Tout déprendra de votre humeur (avez-vous envie d’être divertis ou non) et de votre penchant pour la flagellation (notamment du cinéma plus ou moins français), même quand elle participe d’un élan national grégaire, qui fait m’est avis de ceux qui s’y adonnent le même genre de bœufs qu’ils pointent du doigt, mais bon…

[Un personnage soufflé vers le spectateur par une explosion, qui se jette comme en travers de l’écran avec les flammes derrière lui.]

Tiens ! Prends ça dans ta face d’esthète médisant ! ©Europacorp

Outre ces considérations méta-filmiques, n’est-ce pas, Lucy a au moins le bon goût de ne pas s’appesantir une fois sa poussive introduction animalière dépassée. La séquence automobile du film est à l’image de cette impression : elle transgresse les codes en étant superbement courte et rythmée, et cette fois encore inconséquente, mais pour de bonnes raisons : l’héroïne l’ayant comme déjà dépassée depuis longtemps. Un soulagement (parce que franchement, les courses poursuites à n’en plus finir, ça gave). Ce cher Luc sème ainsi ses idées, avec plus ou moins de réussite et plus ou moins d’envie, et c’est à nous de les faire éventuellement germer. À nous de rattraper peut-être la belle qu’il prend en tout cas un malin plaisir (et moi avec) à salir, pour ne pas dire pourrir, pour finalement l’évaporer ou l’évacuer complètement.

Salir aussi Morgan Freeman d’un personnage de merde, c’est une chose et ce n’est pas une première, insulter Choi Min-Sik d’un antagoniste à ce point caricatural et bâclé, c’en est une autre, je vous l’accorde.

Choi Min-sik ; un peu vener (d’avoir joué dans ce film ?) ©Europacorp

Reste à mentionner le très bon boulot de Serra, de bien belles images parfois et les références certainement plus nombreuses que celles que j’ai pu capter pour conclure ces rapides impressions. J’ai choisi mon camp, et avant qu’une seconde vision ne vienne me faire changer d’avis, je le dis : quoi qu’en pensent, donc, les puristes et les esthètes d’un certain septième art, j’apprécie Lucy.

Et d’ailleurs, quand Gondry s’attaque à un sujet similaire lors de conversations (dessin-)animées, c’est effectivement autre chose. C’est autrement plus pesant, par exemple. C’est tout aussi sincère, en quelque sorte, mais ça essaye de démontrer. Bref, que Luc montre ou que Michel démontre, dans tous les cas, nous, nous ne faisons que regarder…

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★ 6/10 ★