Caroline

Salut, je suis Caroline, et je suis une psychopathe.
Qu’est-ce que ça fait ? Qu’est-ce que c’est vraiment, d’avoir des envies « inappropriées », d’être assaillie sans cesse par des pulsions qu’on est bien incapable de contrôler, qu’on n’a au fond pas la moindre envie de contrôler et qu’alors on prend un plaisir infini à réaliser ? C’est extrêmement bon, voilà tout.

Je vous toise, vous tous… pour la plupart normaux. Vous êtes pathétiques. Notre race est rare, et combattue par l’ordre, par votre « police », mais elle existe et persiste et croyez-moi, vous ne lui arrivez pas à la cheville. Vos limites vous en empêchent. Elles sont intellectuelles, mais aussi émotionnelles. Elles sont partout en vous et autour de vous, elles imprègnent et façonnent ce monde que vous croyez sûr et maîtrisé… quelle connerie. Nos vies, et surtout les vôtres, ne tiennent qu’à un fil… qu’à une lame en ce qui me concerne. Vous vous débattez, vous nous combattez quand vous nous savez, et parfois même vous nous attrapez, mais là encore, vos lois nous protègent ! Ahah, vous êtes tellement risibles ! Je pourrais vous médire pendant des heures… mais je dois d’abord continuer ce propos, car je me suis donné une mission, et je m’en vais vous l’expliquer bientôt.

Vous avez tellement peur de devenir ce que nous sommes, effrayés comme les culs terreux moyenâgeux par l’ultime punition divine, que même lorsque vous attrapez quelqu’un dans mon genre, disais-je, vous l’enfermez sans plus le tuer… Si bien que vos sociétés sont devenues un terrain de jeu idéal, avec retraite éventuelle entre pairs, où, à l’ombre, nous pouvons continuer de nous entre-déchirer, et même d’égorger ces quelques agneaux égarés… Ces pauvres victimes d’un système faillible… des victimes… non plus de nous mais du système, de votre système, ce satané, cet insupportable système normatif. Vous êtes normaux, parfaitement normaux. Et vous croyez qu’un piercing ou qu’un tatouage ou qu’une coupe de cheveux, ou même qu’une fringue cousue à la chaîne vous différencie ! Ah ! Vous êtes tellement naïfs, et tellement bêtes ! vous méritez bien qu’on vous étripe, qu’on vous éviscère, qu’on vous détrousse de vos organes pour les écraser encore haletants dans le creux de nos mains de maîtres… Qu’on vous ligote et qu’on vous viole, qu’on vous lacère, qu’on vous arrache la peau à l’ongle ou à l’économe !

Hum. Désolée… Lorsque je me lance, j’ai du mal à m’arrêter. Mais c’est ma passion vous savez, c’est un hobby, un peu différent des vôtres, mais pas tant que ça. Ça m’occupe, ça me divertit, ça me plaît… et même ça m’excite, j’en souille mes sous-vêtements souvent. Si vous saviez, c’est tellement meilleur que le sexe, et le sexe est excellent, qu’on s’entende, il est simplement bien meilleur lorsqu’il est à vif, saignant voire sanglant, lorsqu’il fait mal vraiment, brûlant ! Vous devriez essayer, sincèrement. Je suis bien placée pour savoir que beaucoup de ces messieurs y songent et en veulent, de la force, de la violence, de la force sur la faible femelle répugnante, j’exècre ces pisseuses timides ! Et les mâles, ceux-là qui se prennent pour des grands pour des montures pour des étalons, ils ne valent pas mieux, rien de plus, avec ou sans leur membre, ils pleurent et tout aussi vite que les pisseuses. Bref, la majorité d’entre eux est on ne peut plus frustrée… mais vous les verriez après une nuit en ma compagnie, en compagnie des nôtres, ils sont… transfigurés… défigurés… ils ne savent plus à quel saint se vouer… C’est ce que je préfère, pour tout vous dire, quand je vous vois perdus, quand je vous sens perdre la trace de ces repères rassurants, comme un lièvre non plus seulement chassé par un carnassier, mais qui n’aurait même plus d’herbe ni de terre sous les pattes, plus de terrier dans lequel se réfugier. Vous vous verriez, lorsque vous vous rendez compte que ce terrier n’était qu’une illusion doucereusement entretenue, savamment orchestrée par des pontes tout aussi cyniques que moi et plus nocifs encore… vous verriez vos yeux vidés de cette lumière d’une foi déplacée, frappés tout entiers par l’ampleur, par un élan de réalité… Ah ! Vraiment ! Quelle joie intense, quel plaisir suprême que de vous sentir sinistrés ! Et tout juste grisés… puis de vous faucher, de vous éliminer comme la mauvaise herbe que vous êtes, dégagée par un vent soudain beaucoup trop violent.

D’une certaine manière, je vous aime. Sans vous, je me sentirais encore plus seule. Mais ne vous inquiétez pas pour moi, vous êtes là et bien là, par milliers, par millions même, de médiocrité incarnée ! Quelle peine aussi, quelle insupportable réalité pour moi aussi ! Comment diable pouvez-vous vous reproduire autant et vous ressembler si parfaitement ?! Où donc se cache la source du vice pour que si peu y portent leurs lèvres ? Parce que, qu’on se comprenne bien, les gros cons, les rageux, les machinphobes, ils ne sont rien. Rien que des gros cons que je n’ai presque aucun plaisir à égorger… Ils n’ont pas votre suffisance. Car il ne suffit pas d’avoir la haine. Non. Il faut aussi l’aimer, la développer, s’en délecter, la savoir et surtout savoir qu’elle est son meilleur allié. Cette même haine qui vous fait si peur et si mal, nous la connaissons, nous l’entretenons, la forgeons et l’exprimons dans le meurtre, le plus souvent. La vivisection est un art. Ce n’est pas pour rien que vos chirurgiens font partie de l’élite. J’en ai chantourné quelques-uns. C’était tout à fait particulier ! Ils savaient où ma lame se dirigeait, ou elle irait ensuite et pourquoi, ce qu’elle allait tailler dégraisser supprimer, et ils le redoutaient d’autant plus, d’autant mieux ! Jusqu’au coma. Une partie de notre art consiste à le retarder le plus longtemps possible, pour logiquement jouir le plus longuement possible… À moins qu’il ne s’agisse que d’une expédition, simple, efficace, fatale en un instant slash et puis s’en va ! Ouh ! Je sens qu’on va bien s’amuser !

Je vous parlais d’une mission tantôt… J’ai décidé de vous permettre de savoir ce que ça fait, de tuer, et d’être tué. Alors je vais nous enregistrer et les faire parler, avant qu’ils s’éteignent. Vous aurez ainsi quelques témoignages d’assassinés en plus de mon témoignage d’assassin. Et si l’un au moins d’entre vous y trouve la révélation, alors j’aurai contribué à nous préserver de l’extinction, car il faut bien dire que, lorsqu’on les élève nous-même, nos éventuelles progénitures ne font pas long feu. Ah, voilà qu’un beau jeune homme, un grand brin, fin, un peu trop bien habillé, vient de passer… Je dois filer. Avec lui c’est certain, je vais prendre mon pied.