Courir la tempête

Vers une nouvelle année

[Photographie en noir et blanc, ras du sol, dans laquelle deux silhouettes courent sur un chemin détrempé. Les projections de boue et la pluie constellent l’image, très dynamique, éclairée au centre par une source de lumière naturelle au niveau de l’horizon puis du ciel.]

Lyon Extra Race, par Goproo3, sous C.C. BY

J’ai couru à travers champs
dans le vent et sous la pluie
d’un hiver pourtant pas si loin du printemps.
Les nuages étaient épais, la lumière embruinée.
Je ne voulus pas renoncer, pas reculer,
douce folie.

Avant d’avoir lancé ma première foulée
je m’étais décidé, alors j’ai continué
et sans rien sur moi et peu vêtu,
à travers champs, je me suis perdu.

Je savais qu’après cette longue route droite
je pourrais traverser le lit moite
puis montant et descendant
mais surtout montant, tellement,
j’ai cherché le chemin du retour,
qui n’était pas celui de l’aller
sans d’abord le trouver.
J’ai aimé
autant que détesté
ce séjour.

Trop loin dans les hameaux
j’ai fini par couper via la terre et la forêt,
qui un temps m’a abrité.
Ces chemins peu usités
depuis lesquels il est difficile de s’orienter
m’ont bien permis de revenir d’en haut.

En voyant la rivière, j’ai presque crié.
Je descendais, excité, ce dernier vallon inexploré
et glissais sur la terre
mes chevilles chahutées par la roche semée claire.
Accaparé à la manœuvre
j’ai eu l’envie, l’idée
vite abandonnée
de lever les bras comme à la fin d’une épreuve.

Les chaussures d’habitude légères
maintenant pleines de boue,
je retrouvai enfin ma route sans gadoue
et giflai les flaques de mes pieds pour leur donner de l’air.

J’ai croisé des canards, barbotant sur le Morin.
L’un, intéressé, m’a demandé du pain.
J’ai remarqué les gouttes, belles, à la surface de l’eau,
une eau opaque, celle de France et de son île région
dans lesquelles je vis depuis le berceau
sans jamais avoir envié le turquoise des lagons.

J’accélérai pour rentrer, avec à nouveau en tête
la durée de ce parcours et dans le corps cette bête.

C’est après ce bref répit, qu’en transe
la pluie m’a battue avec violence.
Détrempé, mais les jambes relâchées,
la tempête, avec moi, s’est éveillée !
Je jouissais, dans cette ambiance,
de tous mes sens.

À cet instant
le vent puissant
comme ayant décidé ma perte
tenta de me refouler !
Je hurlai, je vociférai,
puis crevé
gardais la gueule ouverte
tandis qu’à travers lui, je perçai.

Les gens dans leur voiture qui m’ont croisé tout ce temps
peut-être se sont-ils dits que j’étais fou.
Peut-être leur ai-je donné du courage,
mais sûrement ne savent-ils pas
que je ne fais cela pour personne.

Ces défis, ils sont contre moi, pour moi
et je me dis qu’en les endurant,
en les et me surpassant
je serai complètement moi
et je t’aurai peut-être toi.

Je me les dois donc d’abord
ces neuf cents atteints dehors
mais, pour cette année qui se conclue depuis le vingt-et-un
je vous remercie tous et chacun.

Amis, famille, sport, travail, études et écriture
elle est la plus complète, la plus pleine, la plus pure,
en un mot, la meilleure depuis toujours.
C’est aussi grâce à vous, à qui je souhaite d’heureux détours.