Crevons ensemble

(première partie)

Demain était insaisissable. Demain n’est plus.
L’humanité n’a d’autre choix que de se voir telle qu’elle est.
Un monstre.
Ce qu’il en reste du moins.
Car nous sommes condamnés.
Moi-même, je meurs.
Je ne prie pas, je ne crois pas, je pleure.

Certains jusque-là, se disaient qu’il existait des solutions positives et pacifiques. C’était croire au bien et au mal, c’était oublier que nous étions faibles mais forts de notre intelligence qui n’était qu’une chimère. Jamais véritablement collective, elle n’a pas su être à la hauteur de la réalité. On a cru qu’imaginer nous sauverait, qu’à force d’inventer, on trouverait. On a comblé notre creux avec de belles et de moins belles histoires et on est devenu hideux, encore plus moches que prétentieux. On s’agrippait à la vie en prétendant qu’elle était ce qu’il y avait de plus précieux, mais l’air était déjà vicié, l’eau et les sols souillés, nos mentalités gangrenées. Peu importait, puisqu’on allait devenir plus qu’humain, des immortels presque, et parfaitement heureux.

Foutaises.

On avait simplement peur de partir.

En bons couards, on a remis tout du long notre destin entre les mains de tierces personnes, qui se disaient et se pensaient meilleures, or qu’elles n’étaient que plus voraces. Suffisamment notamment, pour décréter les guerres.

Aujourd’hui c’est réglé : il n’y a plus personne pour signer d’armistice.
Il n’y a plus de religion, de patrie, de parti.
Il n’y a plus d’école… plus de famille… plus de rires, plus de chahut, plus d’étreintes.

Il n’y a plus qu’un nuage de cendres figées par le froid.

Trop tard, j’ai fini par me poser la question : est-ce qu’il fallait se battre pour la paix ? Pour une paix véritable, qui aurait banni toute hiérarchie. Est-ce qu’on aurait dû forcer jusqu’à l’équité ? Et descendre tous ces pontes de pacotille…

L’égalité, en tout cas, n’est pas venue d’elle-même.
Malgré plusieurs milliers de générations, nous n’avons dépassé ni nos peurs, ni nos pulsions, pas plus les morbides que celles qui menaient à la domination, et cette intelligence n’aura été qu’une griffe de plus.

Elle s’est manifestée une dernière fois dans l’explosion.

…un hémisphère tout entier a tressailli.

Tout le monde s’expliquait pourtant qu’un anéantissement par la technologie ne pourrait advenir, qu’aucun être humain n’oserait terminer son propre monde.

C’était s’imaginer qu’on avait une conscience, qu’on pouvait ressentir en dehors de nous-mêmes.

Si ça avait été le cas, nous n’aurions pas vécu comme nous l’avons fait.

On parlait de races, on se vautrait dans le fantasme de différences au sein du miracle qu’était le vivant. On distinguait les êtres, humains ou non, et les êtres humains entre eux. On acceptait qu’il y ait des bien nés et des mal nés, que certains profitent pendant que d’autres crevaient. De plus en plus des uns, de plus en plus des autres, de moins en moins du reste.

Vivre ensemble était effectivement une utopie.

Crevons ensemble, puisque c’est ainsi.