Échappée belle

Une robe légère… elle est belle dans sa robe légère. Elle est animée d’air. Il s’empare du tissu blanc rougi sous le ciel clair. Elle sourit. Heureuse simplement, d’être, d’être là, bien présente au temps clément. L’espace est vaste, agité tout autant par le vent de terre sillonnant les vallons, traversant les branches, caressant les blés. Le chemin est droit devant.

Chemin d’une existence qui s’ouvre, prête à se répandre, terne hier et lumineuse aujourd’hui. Le plus dur est fait, la peine est dépassée.
La robe légère la porte et l’emporte sur la boue, elle glisse entre marais et bosquets, jusqu’au creux de la forêt. Un havre de paix. S’y reposer.

Il y a de la terre et du sang sur le blanc de la robe, par tâches, ou par touches. Elle s’assied, elle écoute. Elle entend le chant des peuples environnant. Ils crient, piaillent et communient, calfeutrés en cacophonie dans la lumière filtrée. Auréoles éclatées. Un trait sur la jambe, les pieds baignent, un autre sur le bras, elle incline la tête pour s’aveugler. Une chaleur douce sur le visage, irradie vers le cœur.

Le vent soudain s’émancipe et s’accumule au chant devenu hurlement au vol violent des invisibles. Les rayons de lumière se multiplient se transmettent s’éteignent et transpercent. À travers l’orgie des éléments… elle comprend les relents d’un pas lourd et calme, puis en découvre les sabots. La bête imposante habite tout entière la forêt. Cerf indolent aux bois gargantuesques. Terraqué et miraculeux, aussi puissant qu’elle est faible. Sa peau d’écorce est constellée des nuances pourpres et violettes d’un astre bedonnant. Le vacarme est déjà plein et pourtant s’amplifie : son cœur gronde. Alors elle vacille, et sa robe enfin capitule, et ses paupières de nouveau la cloîtrent.