Entre fascisme et romantisme

Kiseijuu 1x21

[Montage de deux plans de la série : à gauche un personnage vociférant, à droite le protagoniste prenant dans ses bras la femme qu’il aime.]

Attention : divulgachis garanti !

Retournement de situation dès l’introduction, le maire n’était pas parasité ! Du moins pas physiquement ! Il l’était psychologiquement, il envisageait l’humanité comme ce virus qui ronge les autres existences, et par choix, collaborait. Ce monologue d’introduction donne une raison d’être au parasite : faire le ménage sur terre, dépeupler, rééquilibrer. Une raison d’être valable d’un point de vue humain seulement, mais qui dit ceci : l’humain doit mourir.

Monologue

Outre l’illusion d’une réponse quant à la présence et à la raison d’être des parasites, ça m’évoque le fascisme : quand l’intolérable est toléré et même carrément revendiqué et justifié. C’est intéressant aussi de porter – à la lumière de sa nature réelle : un simple être humain – un regard sur cette écologie qui comme n’importe quelle autre vocation, comme n’importe quelle autre cause dans laquelle on s’implique, peut devenir un extrémisme…

Ensuite, l’épisode déroule : affrontement abouti entre le parasite qui se dédie à l’affrontement et les gars de l’armée, tous éliminés, jusqu’au dernier en duel au sommet et pourtant logiquement expédié, et l’épisode n’en est presque qu’à la moitié. Le temps encore d’ébaucher la psychose du protagoniste qui sait qu’il est le prochain sur la liste, l’autre lui ayant donné rendez-vous, sans lieu, sans date, mais il viendra, et Shin’ichi et Migi, alors, probablement, mourront. Mais vingt minutes, ce peut être très peu, et la psychose est dépassée lorsque Shin’ichi retourne auprès de celle qui l’aime, de celle qu’il aime.

Amour

J’aime les expressions des visages, lorsqu’elle lui dit qu’il ne faisait que sécher, quand il réalise qu’il ne finira probablement pas le lycée… j’aime la pose qu’elle prend, simple, quand elle revient vers lui et la façon dont elle lui propose de passer la nuit ensemble, j’aime cette musique encore, ces couleurs transformées, chaudes et saturées, et en parallèle la simplicité des plans et de l’animation focalisée sur un peu d’acting, les propos finalement peu nombreux par rapport à tout ce qui se dit. Je trouve parlant ce changement d’apparence des personnages lorsqu’ils et qu’on pénètre leur intimité, ainsi que l’effacement du parasite, oublié, l’effacement des pulsions, qui initient cette séquence et qui ne sont plus que ce qu’elles sont lorsqu’elles sont assouvies…

Ah oui, c’est vrai, malgré la guerre l’affrontement l’horreur la mort le crime… elle existe, elle aussi, la simplicité, la douceur, la féminité naïve et paisible. Autrement dit : il y a autre chose que ce dans quoi l’on vient d’être emporté, que ce dans quoi l’on n’arrête pas d’être emporté. Plus ou moins, en fait : il la serre dans ses bras dans un adieu terrifié et douloureux puis fuit… mais elle le retrouve… et ils se rapprochent enfin complètement physiquement. Alors la narration vient boucler le message donné en introduction : « Je veux survivre coûte que coûte. Je veux vivre, et survivre, et procréer, oui, même si ça implique que l’humanité s’agrandisse alors qu’elle a déjà un impact démesuré par sa masse. » – C’est exactement ce que je ressentais devant l’église et au commencement de cette allée lundi… – « Je veux survivre, à la fois parce que je suis humain, et aussi parce que j’aime. » L’amour pousse à survivre autant que l’amour permet de survivre, ou disons, de dépasser le reste, l’horreur, la mort ; de dépasser le présent.

Deux visions parfaitement contradictoires, un spectre complet éprouvé en vingt minutes, une maturité dans le ton et dans le traitement et les événements narratifs rarissime : cet épisode est génial. Il est complet, dense, riche et beau. Cette série est géniale même si et peut-être parce qu’elle est souvent frustrante ; pas cette fois. J’en oublie presque le couteau dans le dos d’Uragami, autre superbe événement…

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★ 9/10 ★