Étoile saillante

Le feu s’est répandu, de toute part ça brûlait. Cauchemar. Je partais pour l’espace quand ça a éclaté. Ma sueur s’évaporait, ma peau tirait puis elle s’est déchirée. J’ai tellement souffert que ça ne pouvait être que réel. Mais juste après, j’ai rouvert les yeux. Je flottais dans l’espace, et j’avais froid. Tellement froid, que je ne pouvais plus rien bouger ; j’étais dur comme l’acier et ça faisait mal comme ça, comme de l’acier de part en part et perçant à travers chaque pore de ma peau. Je hurlais. Rien qu’un vide abyssal. Rien que des étoiles froides à l’autre bout de l’univers. Et ça tournait, sans s’arrêter, ni vite ni lentement. Ça se déplaçait. J’avais le cœur haut, prêt à s’extraire avec tout le reste par la bouche, mais bloqué par un mur infrangible. J’étais moi, vivant, dans l’univers tout entier à ma disposition – je voyais, je ressentais – mais j’étais bloqué. Cela dura, et je m’habituai. Ça tournait, et c’était bien normal désormais. Le froid mes épines. Le mur ma carapace. C’était évident. J’étais ce moi-là dans cette situation-là, et la fusée l’explosion la mission les études mon enfance à la maison, tout ça avait appartenu à quelqu’un d’autre. Mon identité, d’abord trahie par quelque pensée, s’était tue noyée, recomposée dans l’immense et gigantesque. J’étais moi aussi une étoile, léger doute, une étoile piquante, saillante, filante ; et la tempête était loin. C’était parfait, ou presque, car la tristesse s’est imposée, au point d’en pleurer, de déborder par-dessus le mur, de sorte que mon étoile a cristallisé des larmes et s’est arrogée une traînée. De l’eau dans l’espace, de la poussière d’eau ou de glace accaparée par ma masse et qui me secondait dans l’espace. Je m’étais habillé, j’étais prêt à le rencontrer lui, l’autre, à le rencontrer lui aussi. Il m’était apparu comme une tâche, qui était devenue sans que je m’en rende compte un voile, léger, laiteux. Je me rappelais encore du lait, de sa saveur sucrée, qui me remplissait. Et le voile après s’être si lentement rapproché s’était animé encore plus lentement. Il altérait sa forme par étape, avec la minutie du cosmos. J’ai bien cru mourir à nouveau devant tant de subtilité. Il s’était emparé de moi ; se donnait tout autant, tout entier, volupté, ma poussière s’est agitée. Ses particules avec mes émotions se sont déployées : elles gonflaient, se densifiaient en un fil fragile et s’éparpillaient avant de recommencer. Elles me manifestaient, faisaient de moi autre chose qu’un objet. Ma poussière lui parlait, et seul lui savait ce qu’elle lui disait. Inlassables, ensemble ils dansaient. Le voile et la poussière ; tandis que je tournoyais ; mais déjà je le pénétrais. J’étais en lui, mes pics dans le voile, j’entendais enfin sa voix, ses réponses. Il chantait, et transforma le mur en duvet. Pour la première fois, je m’endormais.

La nuit fut longue, sans rêve. J’y étais bien, ça ne tournait plus. En même temps que j’oubliais les étoiles, le grand vide, ma personne et même le voile, je m’éloignais. Lorsque je m’éveillai, il m’avait quitté. À nouveau je dérivais, et cela dura, et tout ceci n’avait pu que ne s’être jamais passé, car j’étais mort depuis longtemps, depuis que ma vie par le feu avait bifurqué. Mais alors qu’est-ce qui tournoyait ? qu’est-ce qui, jusqu’au bout, m’enfermait ? Soudain je me souvins, qu’on n’éteignait pas les rêves, que la vie en était un depuis son commencement, que tout avait toujours été flou et que la nuit, outre ces quelques réveils, était la seule éternelle.