La fabrique à pots géants

[Photo en gris et verts subtils d’un paysage, ou plutôt d’un décor, issu de la guerre et brumeux.]

C’est un bunker. Je crois… et même je sais que c’en est un. Ça n’évoque presque rien, en fait… ça m’interpelle… mais ce que ça évoque de plus proche, de plus probable, c’est cette imagerie de la seconde guerre mondiale. Photos et films de l’époque, qui par leurs supports mécaniques d’alors et les conditions de prise de vue, leur caractère, m’ont toujours donné une impression spécifique de la chose, à la fois datée et trouble. Ici c’est différent. C’est net, c’est presque trop moderne.

Devant moi, bien qu’à travers l’écran, j’ai comme des supports à canette en béton dans la lande de Sir Doyle. Mais coupés en deux et accessibles par des escaliers… Peut-être pour que lutins et géants puissent ensemble s’affairer là ?
Qu’est-ce que ça fout là, sérieusement ? Pas seulement ce béton de l’espace, mais même ce décor et sa brume, d’où ça sort ? Sans contexte, c’est nulle part, ce pourrait être n’importe où mais c’est plutôt nulle part…
Ce n’est pas l’image que je me fais de la Californie certes, plutôt d’une certaine France, ou de l’Europe de l’Est, oui…

Est-ce qu’il manque une partie de la structure ? Est-ce inachevé ? Parce qu’il y a ce petit escalier, devant, qui par exemple ne mène à rien. On se rend mal compte de l’échelle d’ici, depuis ce point de vue photographie, alors peut-être qu’à hauteur d’homme, on voit depuis le sommet de ce petit escalier par-dessus la boite à canettes… on voit le monticule en face… Si on attend quelqu’un pour lui tirer dessus, oui, pourquoi pas, mais ça n’aide pas à le voir arriver de loin.
Il y a aussi ces creux dans la terre de ce que je suppose être le côté arrière, sur la droite à l’image. À bien y regarder, je ne sais plus si c’est un trou… Cette masse foncée serait plutôt un genre de bosquet d’herbes…

Ça a l’air seul. Un espace improbable et déposé là, construit droit parfait dans l’alentour tout bosselé. C’est un ensemble d’accès, oui, un mur. Ce n’est que ça, en fait : un mur, un abri, une planque solidement arrimée là pour supporter le coup de débarquement… Ou bien c’est le début d’un moule à pots de yaourts géants d’une entreprise incohérente et qui a logiquement fait faillite.
Oui, je préférerais que ce soit ça… Je préférerais qu’il n’y ait pas eu besoin de boucliers de bétons épais de plusieurs (dizaines de) mètres. Je préférerais ne pas savoir que l’humanité sait se foutre de l’obus dans l’aile.

Cette image m’interpelle donc probablement parce qu’elle confronte ma naïveté à mon éventuelle culture, un certain présent et un certain passé, et mes capacités d’observation à celles d’intellection.

Mais je crois bien que, comme ce qui s’est probablement passé là-dedans, cette chose n’a absolument aucun sens, n’a pas une once de bon sens.