L’amour selon Californication

Love song

[Plan resserré montrant de profil les visages des deux personnages clés, côte à côte et qui se font presque face. Entre leurs visages, le flou d’un décor clair traduit bien le fait qu’il n’y a qu’eux en cet instant. On sait autant qu’on saisit que ce décor est la mer, elle-même métaphore des flux et reflux amoureux dont il est question, ainsi que de leur persistance et probablement de leur permanence.]

Voilà donc ce que l’on peut faire en seulement 20 minutes. 20 toutes petites minutes qui ne sont pourtant pas grand-chose dans une journée, qui sont si peu dans une vie…

Parler du présent en mettant en relief le passé et en imaginant le futur. Renouer l’intrigue amoureuse mille fois dépassée, mise à mal, bien traitée. Avec la puissance de la narration qui fait que si dans la vraie vie concrète du béton qu’on a sous les pieds dans nos villes de merde, quand je pense à quelqu’un, je le fais seul dans mon coin. Quand lui pense à quelqu’un, sans jamais avoir arrêté mais en ayant vécu à outrance entre temps, il se retrouve seul, quelques secondes, avant qu’elle, ne revienne.

Comme s’il suffisait d’aimer, pour faire perdurer ce lien qui existe entre deux personnes. Comme si l’autre ne pouvait s’en préserver, simplement l’arracher ou pire l’oublier.
Et la magie opère quand, au lieu de se dire « ce n’est qu’une histoire écrite », interprétée, filmée, montée… et que ce n’est que et vraiment que pour ça que ça se passe de cette façon, on finit par se dire qu’en fait, c’est logique et naturel, qu’en fait, tout découle de cette histoire.

Que c’est parce qu’elle est unique mais universelle, belle, prononcée et ambivalente, qu’on nous la raconte et que donc, elle est vraie. Plus vraie que la nôtre, non pas dans les faits mais dans les esprits. Elle est tellement belle, qu’il a fallu en faire une série, qui a certes amené tellement de bons moments, mais a surtout amené là. Là où lui et nous, après avoir vécu le déracinement, la réconciliation, l’oubli, l’abandon et le retour aux sources, parcourons ces 20 putain de minutes ! Ce voyage dans le temps d’une existence inventée de toutes pièces, mais à ce point crédible, qui nous rend sensibles à ses aléas, à son mouvement permanent, si léger soit-il. 20 minutes qui transforment toutes celles précédentes et leur donnent raison, de sorte qu’on s’en souvienne un peu plus précisément, et qu’on regarde les prochaines avec un peu plus d’attention et de bienveillance encore.

Voilà ce que l’on peut faire en un épisode de série si court. Parler d’amour, du temps qui passe, des choix et des moments d’une vie, les bons, les troubles, et remettre en considération le présent vis-à-vis de tous ces événements. On peut faire rêver un spectateur habitant un pays lointain, lui faire croire en des chimères martelées mais décortiquées, faire battre son cœur au rythme d’un personnage incarné qui subit comme nous, l’écriture de scénaristes autant sadiques qu’altruistes, et finalement géniaux.

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★ 8/10 ★