Le Monde et l’imaginaire à l’écrit

Manifeste de mon projet d'écriture et de publication

En complément des informations fournies dans la page À propos de cette quatrième version du site, j’ai décidé de republier, après l'avoir ajusté, ce manifeste de mon projet. Un manifeste rédigé initialement en 2014. Cinq ans plus tard, mon idéal n’a pas changé et je reste on ne peut plus déterminé.

[Image au format carré, dégradé du sombre au clair en partant du haut et en passant par les nuances d’un bleu ténébreux puis d’aquarelle bercé d’ivoire. Vue distante, mélange de nuages et de tourbillons dans quelque chose comme un liquide. Les mouvements atmosphériques d’une photographie qu’on sait retravaillée pour parler à nos capacités de perception, d’une photographie de Saturne, issue des captations d’une sonde voguant l’univers et nommée Cassini.]

Saturn north pole, par Kevin Gill and NASA Cassini, sous C.C. BY

Le réel et ce qui le dépasse ou le précède s’associent dans ce projet d’écriture et de publication. Narrer l’inattendu, comprendre le présent et ses alentours ; interroger, bousculer, interpréter et déborder ce que je crois sentir, ressentir et être ; et déployer à travers les intrigues, les improbables et les personnages une somme potentiellement infinie d’interactions, de sensations et d’émotions.

Un objet de l’ordre du livre

Plus précisément, terhemis.fr est un volume modernisé et central, disposant d’une reliure en hyperliens plutôt qu’en liens matériels, destiné à être le recueil grandissant et en constante amélioration de ma production.
En opérant la jonction entre les différentes publications au sein du site, et bien sûr aussi vers des ressources en dehors du site, sa structure (celle des sites) autorise le raccordement méta-textuel des formations textuelles, c’est-à-dire leur réunion non plus seulement spatiale ou sémantique, mais aussi et surtout analytique. Chaque publication devient à la fois autonome et connectée.

terhemis.fr reste donc, aussi, un site web à part entière. Car il ne s’agit pas de faire passer d’un support à l’autre le même texte, ni de transférer le format du livre sur un support numérique qui n’a pas du tout les mêmes caractéristiques. Il s’agit de façonner un objet parfaitement personnel et émancipé exploitant quand c’est nécessaire les forces de son matériau. Matériau éphémère et pérenne à la fois, qui demande du matériel informatique et de l’électricité au lieu d’encre et de papier.

L’ouvrage qui résultera de cette hybridation entre livre et site web sera la base et l’essentiel de mon activité visible au monde. Ce site n’est pas un accessoire destiné à donner un aperçu de ma production : il l’est dans son intégralité. C’est donc un livre web, pensé par et pour l’écrivain spécifique qu’avec lui je deviens.

Je suis écrivain aujourd’hui et libre

En concrétisant ce projet d’écriture et de publication, ce « projet Terhemis », j’expérimente une liberté de plus en plus évidente en même temps que je deviens écrivain. Je me libère parce que je ne fais pas que travailler et raffiner des textes qui eux-mêmes me travaillent et me permettent de progresser, j’en gère aussi en parallèle et constamment la somme puis la présentation, c’est-à-dire l’expérience de lecture, dans laquelle j’intègre l’interactivité et le multimédia et grâce à laquelle je décide du commencement de la diffusion de mon œuvre.

Ce projet m’oblige à assumer d’être un écrivain déployé, en extension, polyvalent ; un écrivain qui préfère permettre à l’écriture de vivre que de vivre d’elle, en se faisant animateur, non plus seulement dans son atelier ou en petit comité, mais auprès de tous ceux qui lisent et de tous ceux qui créent. Impossible alors de vivre l’écriture comme une activité solitaire. Je la sais et la sens se constituer en cohésion avec son environnement, avec la communauté et l’autre, qui déploient leur créativité tout comme moi et sur lesquels je m’appuie.

Saturn red vortex, par Kevin Gill and NASA Cassini, sous C.C. BY

Mimas, Téthys et Rhéa

J’utilise ce pseudonyme qu’est Terhemis depuis le début (des années 2000) sans jamais avoir douté de sa valeur. Je suis Terhemis, et ce mot que j’ai conçu et que je suis le seul à utiliser regroupe tout de mon écriture, à la fois ma démarche, ma production et sa mise à disposition. Je l’avais élaboré en associant des noms de satellites de Saturne, sans raison particulière derrière le choix des astres : je voulais simplement obtenir quelque chose d’unique. Mimas, Téthys et Rhéa se sont donc confondus en une nouvelle appellation.

Je n’ai aucunement l’intention de me cacher derrière lui pour dire n’importe quelle idiotie en paix. Je souhaite en revanche me détacher de mon identité civile, à laquelle je n’attache aucune importance quand j’écris, pour m’orienter vers une identité plus universelle. Ce « nom de plume » donne un contour à ma production, il est une trace minimale qui devrait permettre le souvenir, non d’une entité physique, mais bien de ce qui la détermine : cette énergie qui me maintient d’un seul tenant et me pousse à m’exprimer. Je crois que cette énergie, qui demande encore et toujours à être modelée, sera in fine ce sur quoi tout va se jouer.

La priorité à d’autres flux que monétaires

Cette énergie, je la situe dans une continuité de création qui se nourrit en amont et en aval. On pourrait en effet dédier chaque minute de notre vie à la production des autres, à la fiction, à la création musicale, filmique, littéraire, scénique ou plastique, et quand on veut donner, on ne fait que digérer et recréer, qu’adapter, avec plus ou moins de réussite, de modernité et de personnalité. À mes yeux, il y a la large communauté des recréateurs, et ce monde dans lequel elle s’incorpore de plus en plus et qui en profite, quelle que soit la manière dont il se sert, et c’est très bien comme ça.

Avec cette vision, impossible d’imposer une barrière supplémentaire à celle de l’accès physique (qu’internet n’efface pas). Autrement dit, impossible d’imposer un prix. J’ai tant reçu, j’ai tellement vibré sur la voix des créateurs, que je veux donner, que je me dois de donner, et si l’autre apprécie, aime ou même se passionne pour ce que je fais, libre à lui alors de me récompenser, en s’exprimant à son tour, en partageant, ou en s’impliquant, financièrement s’il sait que cela m’aidera, qu’il y est disposé, et à sa mesure, qui sera forcément la bonne.

Je souhaite avant tout m’insérer dans ce mouvement de fond qui transforme doucement mais sûrement notre société. Il imposera peut-être, à terme, de révoquer ce sale contrat de la consommation qui a cours aujourd’hui et qui se permet de frustrer par tous les moyens possibles pour imposer ou presque de consommer ensuite et toujours plus.

En dehors du système et contre lui

Je hais la publicité, c’est devenu viscéral. Elle déclenche en moi un rejet systématique et catégorique. Je veux absolument échapper à ce système qui attrape partout le regard. J’espère me faire entendre sans crier ni m’imposer, en proposant simplement, en misant sur le bouche-à-oreilles et ma ténacité. Si j’accepte et comprends le principe de rentabilité, je ne cautionne pas celui de profitabilité et encore moins ces logiques de profitabilité démesurées et outrancières. Je voudrais pouvoir récompenser, d’une manière qu’ils seraient capables de percevoir, ceux qui sont à l’origine de ce qui me touche, qu’ils me le permettent sans rien m’imposer, et c’est cette liberté que je compte offrir de mon côté.

Comme enfin j’intègre complètement le marché du livre, la grande édition et la grande librairie dans ce bain commercial et agressif, je compte me passer d’éditeur à moins qu’il ait une philosophie en adéquation, ou au moins compatible, avec la mienne.

Quand je proposerai à l’achat, je le ferai donc par moi-même autant que possible quoi qu’en diffusant sur les places dédiées et sans pour autant cesser de diffuser gratuitement par chez moi. J’aimerais ainsi réussir à mêler accessibilité, indépendance et viabilité.

Sur le long terme

Je veux réfléchir, inventer et écrire le plus longtemps possible, et m’améliorer tout du long. Quelques décennies face à l’ampleur du défi, c’est au moins une destination temporelle. Il s’agit aussi d’insuffler un peu de sérénité dans le chaos et l’incertitude de la création : me voir mûri et même vieilli, mais toujours attelé à produire du sens, me rassure. Passer sa vie à chercher, à comprendre, à formuler… c’est certain, mon ambition n’est pas mercantile.

Dans cette société basée sur la quantité, le profit et les apparences, je veux privilégier la qualité. J’ai encore et toujours du mal, moi qui n’ai jamais manqué de rien, à considérer la nécessité matérielle, ma survie physique en somme, comme prioritaire. Paradoxalement, je sais qu’elle est la condition sine qua none d’une pratique qui se fortifierait sur la durée. Je me vois lancé dans un marathon, un marathon comme sans fin et ayant la priorité sur tout le reste.

Image à dominante bleue, aux deux tiers presque blanche, et très douce du fait du flou, lui-même dû à un temps d’exposition amalgamant le mouvement, celui de l’eau en l’occurrence. Photographie près du sol, en bord de mer, qui fait apparaître au premier plan des galets presque noirs mais baignant dans la lumière, et au second plan un nuage plutôt que l’eau, chapeauté tout de même par la forme ou l’idée d’une vague puis un étroit pan de ciel diurne. Ce point de vue, ainsi fixé, nous fait participer sereinement de l’immuable mouvement.

Slow motion, par Eric Wustenhagen, sous C.C. BY-SA

À mon rythme

J’ai beau réfléchir des plannings et envisager des dates butoir, je ne sais pas, et au fond ne veux pas, penser en termes de productivité ou contraindre mon travail. Ce qui ne m’empêche pas de me donner les moyens et des raisons de le provoquer : du temps libre donc, et ce site. Publier n’est pas une fin en soi, mais m’oblige au moins à aboutir et à clôturer parfois. Étant donné tout ce que j’extrais de moi, je devrais pouvoir publier de manière régulière et récurrente malgré mes faiblesses.

J’associe cette liberté à une balance naturelle, celle qui me fatigue après un élan de création, celle qui m’euphorise après un temps mort, celle aussi qui me pousse à écrire quand ça va mal ou me rappelle à la réalité quand je suis heureux. Comme tout un chacun, je dois passer le tiers de ma vie à dormir, si possible au chaud et bien, et peut-être autant à l’entretenir, pour avoir ensuite la force de déconstruire nos mondes et d’en ébaucher d’autres. Je ferai avec ces états d’âme et de corps, avec ma fougue, avec mes colères, porté par ma solitude ou emporté par l’autre, j’aurai tantôt les pieds sur le béton citadin, tantôt les poumons pleins de rêve. Je ferai, quoi qu’il en soit et en toute circonstance, sincèrement.

Et comme l’immobilisme et la lettre sont les meilleurs moyens d’échouer et l’assurance de se compromettre, je ferai évoluer au besoin tout ce qui est écrit dans ce manifeste.

Changer sans se renier, c’est sûrement ça, progresser. Ça s’applique à moi et donc à mon projet.

Deux parties supplémentaires, à savoir Mes raisons d’écrire, et Processus d’écriture, ont été autonomisées dans des publications indépendantes.