Les contradictions d’aujourd’hui ne m’effrayent plus

Bon, tout n’est pas parfait, loin de là, mais ce soir, j’ai l’impression de faire et d’avoir fait de mon mieux. Mon flux de travail n’est pas encore idéalement opérationnel, mais j’ai choisi mes activités de la saison prochaine et les choses se mettent laborieusement mais sûrement en place.
L’écriture en projet central toujours, et les ateliers d’écriture pour les enfants, le podcast entre amis sur le cinéma et la photographie en projets connexes.
Tout ça participera d’une manière où d’une autre à ma présence web, à mon éventuel succès en tant qu’auteur, en tant que créatif et si possible en tant que créateur au sens large.

Je suis sur mon lit, l’ordinateur portable sur mes jambes en tailleur, dit-on, et seul un câble nous limite, celui raccordé à l’ampli, qui répand une musique variée par l’intermédiaire des enceintes. Le clavier est illuminé, l’écran moins, puisque j’écris sur Focus Writer, dans une police jaune sur fond noir : c’est devenu mon installation type, c’est devenu la façon dont j’aime écrire.
La fenêtre est ouverte, et peu après cette oppressante canicule, elle laisse entrer un air frais dans ma chambre.

Je n’ai pas grand-chose à dire, puisque je n’ai pas vécu de grandes choses, mais j’ai tout à vivre encore, tout à voir et à essayer et ces temps-ci, j’en ai envie, tout simplement.

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And in that moment I swear we were infinite., par Martinak15, sous C.C. BY‑SA

C’est peut-être l’élan du podcast qui camoufle l’angoisse de l’écriture repoussée. C’est peut-être le plaisir photographique immédiat qui contrebalance la lente maturation du projet pour la rentrée d’ateliers dans les écoles. C’est peut-être, à d’autres échelles, le mouvement possible autour de ce qui se passe en Grèce, et celui qui n’a rien à voir mais qu’entame Gamekult en proposant un web payant mais déchargé de publicité et si possible meilleur. Quoi qu’il en soit, et parce que je m’active, forcément, j’ai la foi.

Alors rien ou presque n’est fait. Il n’y a que quelques photos et pas exceptionnelles sur mon Flickr, mais je sais que d’autres viendront ; je ne sais toujours pas partager de façon systématique sur Twitter et voilà que je m’engage sur Google+, mais l’un et l’autre commencent à me plaire ; je ne participe toujours pas aux conversations sur les sites que je consulte ou au sein des communautés que je frôle silencieusement, mais je lis quelques bons échanges, que ce soit sur Numérama ou ailleurs, autour du logiciel libre aussi parfois…

Plus les jours passent, plus je constate que la curiosité paye. Il est salvateur de creuser par-delà la surface, de trouver les sillons d’expressions derrière les croûtes mercantiles, de chercher ceux et celles qui s’affairent au-delà du business : il y a du bon sur Anime-Kun.net ou sur Mini-Machines.net, de l’excellent parfois sur Slate.fr, souvent chez Merlant-frit, sur Vimeo ou sur Arte(.fr), et le meilleur côtoie le publireportage même pas déclaré sur Konbini comme sur Youtube. Par(tout) ailleurs, il y a des choses parfaitement banales et inutiles, et peu importe cette dernière réalité.

La vie est riche de personnes et de personnalités qui, comme j’essaye de le faire de mon côté, s’expriment sur les internets encore divers mais plus ou moins bruyants, médiatisés ou pas du tout. Il ne faut pas abandonner. Je ne veux pas abandonner.
Je sais que je me frotterai bientôt à Wattpad, et que ça va piquer un peu, beaucoup peut-être, mais que ce sera un nouvel accès vers quelques expressions fortes, comme l’est Tumblr, comme l’a été Medium.
Je ne dois simplement pas oublier d’y trouver mon compte, pour accéder peu à peu, comme sur SensCritique, à de très bonnes productions, parfaitement amateures pourtant. Salut Mymp ;-) Si bien que de m’être fait insulter récemment pour avoir donné mon avis reste secondaire.

Alors voilà, outre la surveillance généralisée, de Microsoft, de Valve, de Google, de la NSA, du gouvernement français, qui décidément, s’intéressent énormément à nous ! Outre les menaces que sont les Poutine, les Le Pen et ceux de leur genre, outre les armes chimiques testées et sur des humains en Corée du Nord et certainement en bien d’autres endroits, outre cette putain de pression consumériste, outre ce merdier fumant de milliards d’êtres humains perdus sur un caillou finalement hyper vulnérable, outre le grand écart de plus en plus douloureux entre les richissimes et les miséreux avec mes couilles au milieu, outre tout ça ! Il y a des esprits qui essayent, fabriquent, pensent, croisent, s’entendent, se confrontent, créent, et certains s’expriment dans des narrations géniales, visuelles souvent et parfois somptueuses, à la télévision, au cinéma, en interactivités diverses et encore simplement avec des mots. La musique, dont on dit le milieu appauvri, ne cesse de m’exciter les cages à miel, de m’insuffler son énergie et n’en finit pas d’intéresser les gros bonnets.

Je ne paye pas pour tout ce que je consulte, c’est un fait, mais je participe du mouvement, et c’est, je le crois, l’essentiel et le plus important.

D’autres feront les comptes. Nos successeurs diront si nous avons tout cassé ou si nous avons atteint des sommets de richesses bien souvent camouflées.

J’imagine les 10 milliards de gamins qui dans quelque temps devront s’inoculer les cultures et l’histoire des 7 milliards que nous aurons été, ce sera certainement une incroyable orgie, comme aujourd’hui. Incontrôlable au fond, quoi qu’ils fassent, et bien policée en surface, comme aujourd’hui. Impersonnelle et égocentrique à la fois, malheureusement, gorgée de « moi je… » et en même temps hyper connectée et du coup hyper informée, presque omnisciente de balivernes et de monstrations avariées, hyper angoissée aussi de ne toujours pas savoir ce qu’on fait là après avoir appris pourtant quasiment tout le reste putain ! Une orgie d’individus forcément très incompétents puisque parfaitement dépendants des milliards d’autres qui s’activent et parfois en communautés ou en sociétés, de droit ou moins. Un amalgame de croyances dans la fourmilière de sens, d’émotions, d’interactions et de frictions, empêtrée encore entre passéismes et libéralismes, entre les codes de conduite et tout le reste et qu’est la vie.

Tout ça fait carrément flipper, aujourd’hui fait flipper. Vivre, fait flipper, mais en se focalisant sur ce qu’il y a de bon et qu’on ne trouve qu’en s’acharnant de curiosité, vivre fait aussi plaisir vraiment, vivre distrait, vivre impatiente et emballe, même en solitude, de plus en plus concrète et de moins en moins possible en même temps.
L’autre, fait flipper. Toi, tu fais carrément flipper, quand tu es belle à en crever, à en déraper, ou quand je mets à ta disposition le fruit de mes petites entrailles, et quand bien même tu t’en fous. Ton jugement, notamment hâtif, fait peur au moment où, du fait de cette densité des uns sur les autres, il nous faut savoir reculer, prendre notre temps, nous reposer, nous concentrer, nous focaliser, patienter, méditer même. Toi lecteur, acteur, partenaire bien malgré moi, tu peux faire peur, et aussi tu peux devenir ce potentiel infini que tu es nécessairement. Je t’encourage du coup à ne pas être fainéant, à t’armer du doute et de la curiosité, jamais aussi nécessaires qu’en cette époque démarrée où l’information et la technologie nous ont dépassés pour peut-être ne plus jamais nous relâcher. Et dans ce contexte insoutenable, je nous encourage pourtant à mettre un pied devant l’autre, à faire un pas puis un autre, parfois côte-à-côte. Je sais que ce petit bout de chemin en aura valu la peine. Car au bout de celui-ci, et pour peu qu’on veuille encore ouvrir les yeux, on pourra apercevoir le commencement de milliers d’autres et pour un seul moi. Cette vie est opportunités. Cette vie est un inconcevable tumulte de potentiel et d’opportunités.

Et cet écrit était le journal éphémère du soir, l’édito aussi de ce mois de juillet de l’année 2015 déjà parcourue pour moitié. C’était un moment de sérénité et d’espoir, pourtant pas naïf. C’est enfin et parfois ça Terhemis, et ça ne fait que commencer.