Les nuits fantastiques d’un été presque glauque

Dérive stellaire dans l’image

[Des lampes blanches qui forment, sur deux murs d’une pièce dans le noir, un genre de constellation mécanique.]

Common Ground ; Biennale 2012, par Bruno Cordioli et David Chipperfield, sous C.C. BY

Dépasser les apparences, outrepasser ces murs, se divertir dans un espace presque sans forme, animé d’énergies figées, constellé. Il pourrait bien y avoir deux corps devant les étoiles et qui les cachent. Ou bien ce ne sont que des murs, et que des lampes.

Ou bien c’est un futur, un autre monde, halluciné, une science-fiction cinématographique éparpillée, perdue devant l’objectif d’un fantôme catapulté là. Là dans l’imaginaire de l’image, entre les pulsions de celui qui regarde, de celui aussi qu’a composé, agencé. C’est formel et informel, c’est électrique, électronique, je veux de la musique électronique pour accompagner. Changement de disque, et pourtant toujours le même, toujours les mêmes pistes, les mêmes notes, les mêmes mots, les mêmes réflexions d’un moi perdu lui aussi parmi tant d’autres beaucoup plus nombreux que ces quelques lumières… même si rien ne dit qu’il n’y a que celles-là. Là, devant mes yeux noyés dans le flux numérique, d’un web constant, d’images permanentes. Et les rétines absorbent, elles tentent de transmettre ce message pourtant impossible à interpréter.
Car ces lumières ne sont rien. Rien d’autre que des lumières sur un putain de mur et en même temps, elles donnent l’occasion de tout autre chose, d’un voyage tandis qu’on s’arrête sur l’image. Comme la cage en verre à l’arrêt d’un bus, et celui-ci naviguerait entre les chambres froides, obscures et parsemées de guirlandes électriques. Rêve de moutons, de lumières fixes, blanches, non-organiques. Un ciel nocturne recomposé, déposé à notre échelle, pour notre espace corporel, autour de lui, dans lequel plonger sans se sentir freiné par les mille obstacles du monde.

Alors voici, qu’une photographie cadrée débordée, ni droite, ni foncièrement belle, s’impose à moi. Elle s’expose et, une fois de plus, j’aimerais entrer dedans, dans cette pièce. D’ailleurs, l’entrée est par là… allons-y, voguons, sublimons, manipulons les impressions les sens les objectivités. Avec ou sans subtilité, venez vous aussi mais laissez-moi seul, tranquille, dans cette chambre informe, paralysée dans les sueurs d’un été comme un autre, comme tous ceux qui par moi ont précédé, presque glauques.

Ces étés glauques, ces chambres noires, ces nuits chaudes et celles froides ; l’électricité partout tout le temps et des messages subliminaux dans les paysages latents qu’attendent, qui nous attendent…

Il faut y plonger, s’y révéler, voyager, s’y laisser transporter, emporter. Et les deux traits, les deux étages… je ne suis certes pas le seul être bancal.

/stop
Putain d’anomalies, putain de vie… Traîtresse de nuit, performative de l’oubli.