Les vents du présent

[La mer près de la côte, et des mouettes par dizaines et peut-être même par centaines qui volent en vrac devant l’objectif, figeant une image en nuances de bleus relativement sombre et tachetée de blanc.]

Confusion, par Martin Fisch, sous C.C. BY‑SA

J’ai lancé ce site internet, il y a 5 mois, dans un contexte qui n’a plus rien à voir avec celui d’aujourd’hui. Cet éditorial sera l’occasion de faire le point, d’acter, d’assumer ; de dire ce nouveau cap que je suis en train de franchir. Je ne m’attarderai donc pas sur la première « version audio » (lecture d’un de mes textes, j’y reviendrai quand ce sera plus abouti), ni sur mon abandon du seul réseau social numérique que j’essayais d’exploiter, mais que je n’aimais pas plus que les autres utiliser, ni sur le nombre de textes ou de mots depuis le dernier éditorial, ni enfin sur l’idée d’évoquer les films ou les livres rencontrés simplement par une ou plusieurs citations clés à mes yeux.
Je ferai le point sur le fond.

Célibataire

C’est le changement le plus notable. J’avais fini la préparation de ce site et le faisais grandir tandis que j’étais en couple, or ce n’est plus le cas depuis quelques semaines. Mon attention sans cesse divisée au profit de ma moitié devrait logiquement se recentrer. Ces derniers mois, qui devaient être un tremplin vers un renouveau ensoleillé et meilleur à deux, se sont transformés en lente agonie – en difficile et peut-être un peu injuste retour à la réalité.
Je survis. Mieux, une nouvelle vie, j’en ai tout de même arraché une. Pas celle que j’avais envisagée, planifiée, pas celle dans laquelle je m’étais projetée, mais j’ai quand même opéré certains changements auxquels j’aspirais depuis un moment.

Déménagé

Pas dans le sud, mais en Seine-et-Marne. Deux choses : je peux à nouveau respirer un air (relativement) pur, à proximité des champs, des rivières et des forêts, qui me permet d’aller courir, et je ne subis plus la pression financière que me faisait supporter inutilement mon ancien chez-moi. J’ai donc un toit, un environnement sain, un bureau, un lit, c’est parfait.
En vérité, je me retrouve aussi entouré de tout un tas de superflu retrouvé dont je me passerais bien désormais, qui ne m’encombre plus cela dit. Parce que j’ai avancé, même si je me retrouve quelque part dans le passé ; parce que j’ai adopté par plusieurs aspects un mode de vie de l’ordre du minimalisme. Et cet été, malgré moi peut-être, j’ai enfin appris à laisser aller, à moins retenir : j’ai trié, jeté, brûlé, rangé et organisé encore, mais j’ai surtout tenté de faire le vide.
De fait, perdre ce qui était presque le plus important – puisque ce qui l’est, c’est bien mon écriture et par extension ce site ; mais je me demanderai toujours si je n’aurais pas dû faire la balance dans l’autre sens (celui du couple) – m’a largement aidé dans ce processus de lâcher-prise. Je voulais tout garder en moi pour compenser ce passé trop oublié, c’est assez. Je (re)trouve un peu de sérénité et de paix désormais, dans l’idée, la croyance presque, que le présent est plus important. Je me projetais trop dans le futur et voyageais trop lesté d’un passé qu’on ne peut de toute façon récupérer, et à partir duquel j’ai toujours tant de mal à me fortifier. Reste donc ce présent, l’essentiel, la vie tandis qu’elle passe, pas celle qui s’oublie la nuit ou se rêve à l’aube et au crépuscule. Je ne sais pas si je deviendrai un être de jour, mais ce texte, je l’écris par exemple au petit matin (levé, plutôt que pas encore couché), chose inédite.

Adapté

Que ce soit par la force des choses – cet insupportable absolu lié à tout ce qu’on ne maîtrise pas – ou par volonté personnelle et assumée, ou à mi-chemin entre les deux, me voilà donc adapté et légèrement changé, quand bien même mon ADN reste le même, et donc quand bien même ce site et ma production resteront du même ordre.
C’est quant à mon rythme de publication que l’évolution par rapport à ce qui reste inscrit dans mon manifeste est la plus claire. Je voulais publier trop souvent, j’avais tablé sur un peu moins, j’en suis venu à l’évidence : publier quand je le souhaite et quand je suis prêt – sans que ça ait d’incidence sur mon implication dans ce projet. J’étais dans l’absurde à vouloir me contraindre de faire quelque chose par plaisir. J’avais l’ambition de tordre la réalité pour l’adapter à cette incohérence et faire de cette écriture quelque chose d’intarissable autant que de naturel… J’ai pensé et vu ce couple qui n’est plus, parfois, par certains aspects, de la même façon, avec cette même absurdité. Avec cette même bêtise aussi de l’ancrer trop dans le passé et de l’envisager trop au futur. Je souhaite réellement ne plus faire cette erreur. Je souhaite réellement ne plus être là mais penser ailleurs.

J’apprends au moins de mes errements, notamment en écrivant. Ce chemin sans cesse de traverse, je l’arpente bon gré mal gré. Je m’y attelle, je le formule, je l’intègre et parfois le comprends, parfois me comprends, un peu moins de travers. En somme, cette écriture est et redevient (presque, là encore) tout pour moi. Parce qu’elle est un genre de compagnon, de seconde voix, qui me permet de trouver seul, un genre de plénitude.

Employé (mais pas trop)

Un autre élément de contexte qui va évoluer – puisque ce n’est pas encore concrètement fait, même si c’est engagé – est lié à mon emploi. Je ne l’ai pas quitté malgré toute l’envie, démesurée, l’instinct, l’urgence même, de le faire. J’en ai fait, à l’inverse, un pilier sur lequel m’appuyer – notamment parce que je travaille avec des personnes qui méritent d’être côtoyées – tout en diminuant encore un peu mon implication temporelle en son sein. J’étais déjà à temps partiel, mais j’ai demandé à faire encore moins d’heures, et à travailler deux jours par semaine au lieu de trois. De quoi garder juste un pied dans l’emploi, pour n’avoir pas le choix et sortir et vivre un peu au moins dans la ~réalité, mais de quoi aussi pouvoir vivre d’autres vies en parallèle, cinq jours sur sept.
Je peux bien réduire encore un peu mes finances puisque j’ai réduit encore un peu mes besoins. Par ces deux critères, je suis minuscule, et cela me convient à l’heure actuelle. Peut-être sera-t-il temps, un jour, de m’engager plus sérieusement, de réorganiser à nouveau – toujours – mes priorités (pour devenir père notamment), mais pour le moment, je souhaite de tout mon cœur vivre de ce qui le fait battre. Je bats parfois, un peu chaque jour, au rythme de mes doigts sur le clavier. C’est ce que je veux.

Déterminé

La tempête est passée. Certaines choses se sont envolées, certains espoirs ont été enterrés, certaines promesses trahies, d’autres, à l’inverse, ont été respecté(e)s. Ma promesse d’écriture, je la tiens, et la tiendrai. Je ne le fais pour personne d’autre que moi, tout en étant tellement heureux de savoir quelques connaissances revenir de temps en temps par ici. Voici donc mon pacte renforcé. Voici donc l’état de ma personne et de ce projet (forcément très liés) au début de cette nouvelle année « scolaire », à la fin de l’été. Cette saison a toujours été calamiteuse de mon côté. Je n’ai jamais su en profiter. Elle est solaire tandis que je suis de vent, qui a trop essayé d’avoir les pieds sur terre. Elle a été, depuis toujours, celle de la rupture. Peut-être devrais-je enfin me rapprocher du soleil qui brûle, plutôt que de m’enfouir dans la nuit qui occulte.
Un vent tantôt chaud, tantôt frais, parfois violent, parfois trop calme, oui… voilà ce que j’aimerais être avec mes textes.