Mes raisons d’écrire

[Désert de glace, plaine enneigée, givrée, sans obstacle ni vallon, avec peut-être l’apparition en haut à droite de l’image de l’eau sur laquelle tout ça repose. Un tout ça par le vent ou le courant, mais qui semble parfaitement figé, et qu’on observe avec une certaine hauteur et en très légère plongée, si bien que l’horizon dégagé n’est pas si lointain. Au milieu de l’image, quatre personnes, toutes petites – je croyais d’ailleurs d’abord qu’elles n’étaient que trois –, qui marchent et se suivent, et suivent aussi peut-être la zébrure principale et plus blanche que le reste (pour rester sur un seul plus solide?). On les voit de dos, elles ont de gros sacs à dos, et vont de l’avant sans qu’on puisse déterminer leur objectif. Bref, ça semble être un périple sans fin, sans but évident, une recherche en mouvement et dans l’isolement, qui métaphorise donc bien mon cheminement d’écrivain.]

USGS Walrus Research Team, par US Geological Survey, dans le domaine public

Découvrir un potentiel

Je n’ai pris conscience de mon potentiel que tardivement et ne l’ai assumé qu’encore plus tard, quand j’ai compris, après m’être donné d’autres aspirations et avoir fait d’autres études, que relever ce défi de l’écriture serait ce qui m’apporterait le plus.

Le plus d’énergie notamment, de celle qu’on déploie pour réaliser n’importe quelle tâche et obtenir n’importe quel résultat. L’énergie que je mets dans mon écriture et ma production, je la préserve et l’amplifie, je la charge d’expérience, d’envie et de plaisir et non de lassitude, de frustration ou de regrets. Elle s’accumule en moi et m’ouvre de nouvelles portes.

J’explore un peu plus le monde et l’être à chaque fois que je pose un pied devant l’autre, un mot après l’autre.

Produire, par moi-même, depuis moi vers l’autre, est devenu ma raison d’être. Si bien qu’une obligation morale s’est développée en moi, celle de ne tarir ni mes espoirs ni mon inspiration. Je dois devenir l’un de ces créateurs qui m’inspirent chaque jour.

Ce projet Terhemis est donc d’abord la quête sans cesse renouvelée d’un potentiel.

Je n’ai besoin pour me découvrir que de temps. Je dois rester focalisé, mais savoir faire des pauses salvatrices. Je dois entretenir ma curiosité, pour cela bouger, m’évader, observer. Et quoi de mieux pour rester en mouvement que de se tester ?

Tester mes capacités

Prendre conscience d’un potentiel ne suffit pas, il n’est que l’ébauche d’un talent. Cette prise de conscience est tout de même la clé qui permet d’enclencher une activité et parfois le travail d’une vie.

J’expérimenterai, me pousserai dans mes retranchements, dépasserai mes difficultés, pour enfin trouver la voie littéraire.

Soit une écriture de recherche, qui peut prendre diverses formes : textuelle avant tout, mais aussi orale, dessinée, schématique, nodale, scénaristique, voire photographique ou filmique.

Cette recherche persistante me permet de tester mon intelligence, mon endurance, mon originalité. Elle est un combat qui implique persévérance et méthode.

Savoir faire

Me chercher, m’essayer, me tester, m’exercer… à force de faire, je devrais finir par savoir faire, par savoir narrer plutôt qu’écrire. Une narration qui combine à tout le moins des idées (son parcours, son passif, sa mémoire), un rythme (sa respiration, son rapport au temps), une esthétique (son vocabulaire, sa manière d’articuler les idées), ainsi qu’un message (ses aspirations), à ladite recherche (ses questionnements, ses doutes).

Pour l’accentuer, je dois travailler l’une après l’autre chacune de ses facettes, et étudier bien sûr en parallèle ce qui a été fait, c’est-à-dire apprendre d’autrui, et donc participer activement de cette somme culturelle dans laquelle on baigne quand on vit.

Si la fac ou les ateliers peuvent aider, je crois davantage en l’expérience qu’apporte sur le tard la réalisation de projets. J’ai enfin intégré qu’il valait mieux les préparer avec modération et les réaliser avec détermination, que l’inverse. Toutes ces activités sont quoi qu’il en soit l’occasion d’échanger, et c’est là le plus important, pour tout un chacun, mais surtout pour le narrateur dont la fonction se résume probablement à ceci : recevoir pour transmettre. Alors ne pas arrêter, d’échanger, de discuter, de bavarder, de raconter, de décrire… le faire intensément, le faire constamment.

Devenir quelqu’un

Si je travaille à me donner une forme, c’est à l’autre de la confirmer, que ce soit en l’acceptant ou en la niant, en la soutenant ou même en l’ignorant volontairement. Chacune de ces postures qu’on peut prendre dans le rapport à l’autre donneront à mes mots ce qui leur manque : une existence commune qui les sortira du noir matériel pour les entrer dans la lumière d’une intelligence devenue collective.

Il y a là un combat contre l’indifférence autant qu’une quête de reconnaissance. Je veux capter des raisons d’être dans la lumière qui pénètre le regard des autres.

Exister ne va pas sans lui. Il me faut désormais apparaître, montrer, faire lire et c’est donc vous qui donnerez un nouveau contour à ce corps que je me forge dans l’activité littéraire.