Prendre conscience du cheminement

[Assemblage d’écrous et d’outils tous en fonte semble-t-il et qui tendent vers un centre marqué d’un genre de roue, le tout dans une œuvre d’art monochrome et sombre.]

Old cogs, par Emmanuel Huybrechts, sous C.C. BY

Échec

Quel mauvais mois que celui de mai pour mon écriture et pour mon site.

C’est simple, je n’ai pas écrit depuis une quinzaine de jours et tandis que je suis en vacances et séjourne à Valence, je n’arrive pas à m’y remettre.

Alors même cet éditorial, je ne l’ai pas produit à temps. D’ailleurs, je ne crois pas vraiment que la situation s’améliorera ce mois-ci.

Dois-je du coup vous raconter ma vie et m’expliquer ? Faisons simple : je déménage. Je quitte un logement qui était mien depuis 5 ans environ et vais, après une période de transition, probablement migrer dans le sud de la France. J’ai donc visité Toulouse et sa région, et j’envisage désormais, sans plus pouvoir m’en empêcher, ma vie là-bas. L’écriture passe, de fait, au second plan.

C’est logique après tout, la vie prend le dessus sur le rêve. Je suis dans une phase d’action plutôt que dans l’expectative, et ça fait du bien. Je ne doute pas un instant que toutes ces péripéties nourriront mon écriture ensuite. Je ne suis pas sûr en revanche que ma prochaine vie servira mieux mes intérêts et mon activité que celle que je suis en train de mettre derrière moi. Mais sans essayer, impossible de le savoir, et je tire une première confirmation liée à ces grands chambardements : sans stabilité, point de concentration de mon côté. Il me faudra donc retrouver une forme de quotidien réglé si je veux préserver cette entreprise d’écriture sur le web.

Bref, ma vie change et les changements prennent du temps (ce temps d’habitude donné à l’écriture).

J’ai bien publié le minimum syndical le mois dernier, à savoir 3 articles précédés d’un éditorial, mais non, ce n’est pas satisfaisant.

Écrire ou vivre ?

Je vais danser régulièrement depuis un peu moins d’un an maintenant et je réalise que je n’ai jamais envisagé de narrer cette expérience récurrente. Peut-être parce que je ne saurais pas quoi en dire, plus sûrement parce que je ne maîtrise pas assez cette activité pour me permettre de l’aborder.
Ne ferais-je pas là une erreur paradoxale ? Mes textes porteraient probablement quelque chose de neuf et d’intéressant justement parce que je découvre ou quand je balbutie.

D’un autre côté, cette activité est devenue une oasis parce qu’il reste peu de choses que je n’écris ou ne décris pas aujourd’hui. Or, si tout écrire et me dépasser sans cesse en ce domaine m’apparaît nécessaire, je dois aussi préserver ou trouver les moments de plaisir et de vie sans recul ni analyse spontanée, sans but préalablement établi ou objectif bien déterminé.

Ces trop rares moments que je vis simplement et qui ne doivent plus faire l’objet d’une écriture ou être un apport pour elle, qui ne sont pas ceux d’un accomplissement, sont par bien des aspects les moments de vie vraie. Je crois qu’on les appelle les moments de bonheur, qui ne se trouve que dans la simplicité et dans une forme d’immédiateté, ou peut-être dans cette impression d’éternité qui paraît alors naturellement accessible et qui n’a finalement pas grand-chose à voir avec ces agencements de mots me venant in situ et que je suis souvent frustré de ne pas pouvoir encrer et travailler.

Tout cela me ramène à ma problématique de rythme de parution, et de fait, ce deuxième mois, je ne l’ai pas géré comme le premier. Je ne l’ai pas affronté ou abordé de la même façon, l’écriture s’est faite plus discrète, derrière la vie qui bouge. Je me suis donc, parce que je n’ai pas eu le choix, désolidarisé de la contrainte.

Activité de fond

Le problème pour quelqu’un qui mène son site seul, c’est que l’activité du site ne représente pas forcément l’activité réelle. Si je n’ai pas beaucoup publié le mois dernier, je suis loin de n’avoir rien fait. Ce que j’ai fait, malheureusement, je ne peux pas encore le montrer, où ça n’a pas sa place sur terhemis.fr.

Pourtant, tout est lié. Par exemple, mes recherches sur Toulouse et dans la ville m’ont mené vers les librairies Ombres blanches, qui ont un agenda complet et régulier de rencontres et de débats avec des auteurs, vers la faculté Toulouse II Le Mirail Jean Jaurès, qui propose un master « Création littéraire, Métiers de l'écriture », vers des ateliers d’écriture, des missions régionales liées, voire des entreprises qui pourraient m’aider (publie.net ou La boite à mots).

Par ailleurs, j’ai continué à fouiller le web littéraire dans l’espoir toujours inassouvi de rencontrer des pairs. J’ai désormais quelques adresses et quelques auteurs en ligne de mire. Je n’ai pas beaucoup lu pour le moment, je navigue avant de larguer les amarres et de pouvoir alors initier le contact.

Voici mes pistes :

La plupart des auteurs-sites-blogueurs ont un compte Twitter, et bien que je reste sceptique quant à cet outil, je tente de mettre en place, petit à petit, mon réseau.

Du coup, j’en suis venu, au gré de ces visites, à m’interroger sur ma particularité d’auteur.

Trouver sa place autant que celle de l’écriture

Beaucoup s’intéressent à l’écriture numérique et à ce qu’elle change ou est censée apporter, ou à l’écriture en tant que telle, en tant que pratique qui s’analyse pour ce qu’elle suppose ou entraîne de déploiements cognitifs ou sociaux. Ces notions m’intéressent aussi, mais je voudrais me focaliser sur la création plutôt que sur l’étude. Je souhaite inventer et imaginer avant tout, et je le fais trop peu.

Il y a donc ceux qui donnent des conseils ou informent et qui bloguent à propos de l’écriture. Mais « parler de » n’est pas faire et je sais que dans notre domaine, il faut faire et faire encore, puis refaire et refaire encore, jusqu’à ce que ce soit bon. Cela dit, l’idée d’animer des ateliers d’écriture, un jour, me donne de l’espoir et me fait envie.

Régulièrement, quand je dis que j’écris, on me demande ce que j’écris en particulier. J’ai tendance à simplifier ma réponse pour ne pas y passer la journée et la nuit, mais cette question participe d’une réalité que j’essaye d’éviter et qui elle, me simplifierait vraiment la vie : je ne suis pas expert, mais nombre d’écrivains se spécialisent dans une tâche ou dans un genre, et eux savent répondre à la question.

Il y a les auteurs d’enquêtes, de science-fiction, de médiéval fantastique, il y a les scénaristes qui s’insèrent plus volontiers dans un milieu, celui du cinéma, de la télévision, du théâtre ou de la bande dessinée, il y a les critiques, ceux de la musique, ceux du cinéma, les biographes, les journalistes, les rédacteurs, les transcripteurs, les traducteurs. Alors peut-être qu’il a raison, le banquier qui dit qu’écrire n’est pas un métier. Après tout, tout le monde sait écrire. Critiquer, scénariser, romancer, traduire sont par contre des métiers, et si nous ne sommes plus à l’époque des carrières qui font toute une vie, avoir un « vrai » métier, c’est encore aujourd’hui mieux que de faire un peu tout mais rien réellement.

Est-ce ce que j’ai l’impression de faire ?

Pas du tout.

Je m’attaque au mot, jour après jour, et cette conquête perpétuelle ajoute du sens à ma vie et lui donne une saveur particulière. Je ne fais donc pas qu’écrire quand bien même je ne suis pas écrivain, et c’est en ce sens que l’appellation d’écriveur me convient.

Quelque part entre ces réflexions se joue ma particularité et germe ma légitimité. Je sais ce que je veux et ce que je ne veux pas et je fais tout mon possible pour m’exprimer et apporter quelque chose en même temps. Certes, ma ligne éditoriale reste floue, mais c’est dans la diversité que mon écriture s’épanouira, j’en reste convaincu.

Me voilà capable de l’assurer finalement : non, ce mois n’avait rien d’une régression. Je chemine, y compris physiquement, et me nourris en détours, mais je sais garder, au fond de moi, le cap.
J’espère que nous tiendrons bon, que je réussirai à formuler encore et davantage, comme je l’ai fait hier et aujourd’hui, et que vous continuerez, vous, les quelques-uns, à venir visiter à l’occasion ma demeure numérique.