Quelques (im)précisions sur (le) moi

[Les ombres de passants, sur une rue pavée, dans une photographie en noir et blanc plus haute que large et retournée. Les ombres s’étirent depuis le bas vers le haut et se déforment en monstres pacifiques. Ce sont les silhouettes des corps, à peine apparentes, qui prennent leur place d’ombre.]

Almost Winter, par Jonathan Kos‑Read, sous C.C. BY‑ND

Moi est amateur de mots, dévoreur d’espace à phrases. Il recrache en lignes un désordre orchestré. Petit, il a vécu écartelé entre ordre et folie.

Moi n’a pas envie d’utiliser son nom, il préfère user son corps, générer son esprit. Moi fait du sport en coupure, sinon il broie du blanc, du gris, et un peu du noir.

Il sort moins qu’il bouge, il est animé d’un mouvement d’âme et son corps suit lassé grisé. Moi voudrait mieux savoir l’autre qu’il se sait.

Sans moi, il resterait cet autre, et lui, l’autre moi. Lui et moi, ils aiment l’autre souvent, le détestent rarement, ne le comprennent pas la plupart du temps.

Moi est arrogant et simple à la fois. Il juge l’autre neuf à moins de le connaître entièrement. Être entier, c’est compliqué, voyez tous ces moi éparpillés.

Moi les vomit ces accumulés. Tigres ou gémeaux, même combat, mêmes hauts le cœur se criant et suintant. D’un cœur débordant, précipité en pureté.

Saleté d’organe à spasmes brisé mille fois. Reconstitué en mille-feuilles à deux pattes et plus doux qu’aigre, moi n’a certes pas dit son dernier mot.

Il le cherche autant qu’il se cherche. C’est comme une bataille de matelas d’eau giflant l’oreille. C’est ça la vie des moi en société. Absurde, parce que moi ne voit qu’à travers lui.

Moi sait exister entre sots et thés, sans s’y sentir bien à l’aise. Elle est dense comme dans la mégalopole qui rue. Moi grâce à sa mère n’y est pas. C’est que ces mots ne valent pas un kopeck.

Ça ne l’empêche pas de rêver. Pas tant de grandeur que de bonheur. C’est égal à toi plus moi.

Toi d’abord quand moi et toi, moite et céleste. Las-des-haines au plancher n’a pas fini de chambouler. À l’intérieur boules-versées.

Once de nous dans tout ça. Un tout ça triste et corrompu bardé de pub à sexe pour l’argent. Ça pique les yeux qui pleurent un peu trop souvent.

Ça pue, le sexe. Seul ou à deux, moi en parle moins qu’il y pense ou le fait. Moi ne veut pas puer de la bouche. C’est gênant à plusieurs.

Moi peut tout faire et puis tout seul aujourd’hui, c’est ce qu’il se dit. Il veut tout faire, ça l’empêche de bien faire. Pas cette fois, ici sera bien et rien d’autre !

Demain, moi s’en ira mais laissera tout de lui. Parasite ou vainqueur, il aura au moins essayé. Essayer d’être lui avec l’autre, d’être moi en entier.

Trêve de moi, poète on a compris. Malgré tous ces je, il pense beaucoup à vous. Rester ou partir, à toi de choisir après tout.