Rupture

[Fond rouge dominant. En gros plan, dans le troisième tiers vers le bas et la gauche de l’écran : le bout de ce qui doit être une tige d’encens. La partie consumée est prise sur le vif en train de se détacher pour bientôt tomber. La matière est particulièrement légère, mais le flou de la photographie lui donne de la vitesse, et surtout, il y a entre la partie consumée et l’autre cette apparition d’un micro-magma. Tout ça est une parfaite métaphore de l’article et de ce que mes mots tentent d’y véhiculer.]

Cassure, par MPhotographe, sous C.C. BY‑ND

Difficile été.
Rupture.
Douloureux été.
Cassure dans le flot des événements.

Tirer un trait sur le passé. Parce qu’il le faut, parce qu’à force, continuer ainsi ne faisait plus sens. Pire, c’était nuisible. La fin d’une époque. La fin de moi ? Du moi d’avant en tout cas.
Pas facile. Ce n’est jamais facile, mais ce n’est pas plus facile cette fois non plus. Elle reste en moi, il faut que je me batte pour l’en sortir : c’est apprendre à vivre à nouveau. Ça ou pourrir dans son coin. Se battre et avancer et progresser. Pas le choix en réalité. Si, celui de crever. Ni pour elle ni pour personne d’autre.

Au lieu de ça, courir. Reprendre cette course qui fait voir le monde à nouveau et plus précisément. Ça et l’écriture. Permanente, quotidienne au moins, comme doit le redevenir l’activité physique. Méthodes mises en place ces dernières années, qui m’aident à n’en pas douter. Trouver l’aide en son sein et non chez l’autre. Se reconstruire un sein. Arracher ce qui n’y convient plus, compléter ce qui reste, d’air, des lumières fabuleuses d’un été en pluies, de douleur positive – sportive, de rêves, de projets, d’idées, quelles qu’elles soient. Facile à dire, à écrire, mais tellement difficile en réalité. Il suffit de débuter.

Musique en continu, sauf quand le crane menace d’exploser, sûrement à cause de la fatigue engendrée par tout ce qu’il a fallu faire pour dépasser la pensée et amoindrir la redondance. Les boucles en moi, les idées néfastes affluent et refluent et affluent et refluent. Se saisir alors de son parcours, le rassembler, prendre ce recul souverain et se voir dans le monde et dans une temporalité un tant soit peu différente : une expérience de plus. Certitude tatouée : un bonheur n’est pas fait pour durer. Parce qu’alors il devient impossible à reconnaître. J’avais pourtant bien l’impression de l’embrasser, de le toucher avec sa peau à chaque fois.

J’ai été heureux, il n’y a pas en avoir honte. J’ai été comme comblé : à l’intérieur plein. Et sur les vestiges il faut bâtir à nouveau, pour ne pas s’écrouler, pas plus qu’un instant. Je crois que sans cet instant, d’effondrement, il est impossible de s’accaparer la ruine. Reconstruction perpétuelle, à laquelle je me plie.

Et finalement s’exprimer ; de nouveau ; sans en parler vraiment. Parce que je garde pour moi. Parce que je veux mener ce combat, comme d’autres, avec mes seules mains. Et j’y parviendrai. Je vaincrai. J’ai été, je tente d’être et je serai, parce que je l’ai décidé. La tentation d’abandonner existe. Ne pas le nier. La toiser, ne pas la contempler, s’y attarder, ne pas la surestimer. Quand bien même demain n’est plus très clair, encore moins certain, je sais demain exister. Tout est possible. Je me suis débarrassé ; j’ai été dépossédé. Produire désormais. Écrire. Courir et écrire. Courir, vivre, s’exprimer, jouir – à la main, dans son coin, s’il le faut ; si ça évite de se perdre tout de suite et à nouveau dans l’autre – et écrire.