Ver luisant mécanique

Un spectateur à l’orée du mouvement

Le jour et la nuit et le mouvement réunis. Un jet, un trait, à travers le temps et l’espace, cadré, emporté, illuminé, très coloré. Un mouvement digne des fictions, d’une âme enflammée, projetée dans la brume sanglante et qui jouit. Rouge par ici, sombre sanctuaire par-là, les rails mènent au cœur, au fond plat, à l’opposé du gros photon sur la droite, explosé, irradié ; et si la lumière reste, la matière est dissipée. Tout ça fuse tandis que l’œil recroquevillé campe dans son coin, à l’abri de tant d’énergie, du mouvement transi attrapé du réflexe mécanique.

[Près des rails, une pose longue lors du passage d’un train, qu’on ne voit plus qu’en rais lumineux – mais est-ce possible ?–, entre les murs et les arbres noircis et sous un peu de ciel sombre. Une lumière rouge irradie au centre, tandis qu’une lumière blanche s’accumule en bord de cadre à droite.]

Riverside, par Basheer Tome, sous C.C. BY

Tout ça, c’est encore occulter l’arbre fantomatique, cet arbre vert mais blanc. Spectateur à son tour, bien présent, qui attendait là sûrement le passage du véhément récurent. Ces longs vers de fer pressés, minutés, à la colère rythmée, qui vrombissent dans le sillon préparé. Tout ça dépasse de loin l’humain : il y a les impressions et les sens et quelque chose qui par-dessus les cumule dans cet espace graphique fantasmé et délivré, montré, démontré, partagé. Ce maelström de couleurs sous un ciel de plomb me fascine. Et dire qu’il y avait probablement des hommes dans la chose volatilisée. Ils seraient restés des inconnus quand bien même leurs silhouettes auraient apparu, mais en l’état, ils ne sont plus qu’une idée logique et dépassée. Et n’est-ce pas ce qu’on est, au fond, pour les arbres, le fer et le plomb ? De simples esprits passagers, presque fantasmés, nombreux dans la fourmilière elle aussi bientôt soufflée.