Vivre malgré la mort

Kiseijuu 1x19

[Montage de deux plans de la série, dans lesquels un personnage se fait transpercer le thorax par une arme.]

Attention : divulgachis garanti !

Un passif chargé de vitesse

Pendant la course, ce montage elliptique et fort, composé de moments clés, me happe : le chemin parcouru jusqu’ici. Le scénario et l’ambiance accordent, dans ce milieu d’épisode et à l’approche de cette fin de série, un moment de tranquillité. Mais l’horreur rode, et surtout l’horreur en lui, qui est mort, qui a vu mourir ses proches et pas n’importe comment, qui a tergiversé au lieu de prendre les choses en main – expression qui tombe à point… Tout ça est là, toute cette détresse et ce passif sont définitivement là.

À un autre niveau de lecture : cet écolier qui ne fait pas de son mieux, mais pourquoi le ferait-il ? Pourquoi faire de son mieux ? Pour quoi ? Pour qui ?
Des questions légitimes, surtout à cet age.

Intéressante ensuite, cette réaction après la course. Je trouve les gerbes de poussière trop volumineuses pour être crédible, d’autant que le bruitage donne l’impression du déclenchement d’un super pouvoir, mais il n’en est rien, et lorsqu’il dit qu’il pourrait faire nettement mieux, il ne sourit pas et sa voix n’est pas enjouée : il n’a pas l’air content à l’intérieur. Il n’est pas heureux de pouvoir en faire plus, d’être anormal, plus qu’humain, inhumain. Ces changements qui se sont opérés en lui ne le rendent pas heureux. Il préférait avant. Il préférait l’enfance ?

Ce potentiel donc. De l’adolescent qui a la vie devant lui mais ne sait pas quoi en faire, de cet adolescent particulier, qui a obtenu quelque chose d’extraordinaire qu’il n’a jamais souhaité et dont il ne sait pas quoi faire, chose avec laquelle il essaye de composer. Composer avec la réalité, avec l’horreur et le drame, parfois, aussi… Ce protagoniste n’a jamais été un héros, et probablement ne le sera-t-il jamais dans cette histoire si la narration se tient, si elle choisit d’aller jusqu’au bout de son raisonnement, de ce qui la caractérise.

La séquence dans les vestiaires ensuite, courte et explicite. Elle en rajoute une couche sans en faire trop : ce même personnage est blessé à l’intérieur plus sûrement qu’à l’extérieur, mais chez lui, cela peut se voir. Cette cicatrice en plein centre, en plein cœur, qui n’avait jamais été montrée ou exploitée jusque-là, cette blessure béante est l’image, la métaphore maintenant, de la perte de sa mère, de la perte de son humanité. Du deuil, de la rancœur et de l’abandon (de soi) mêlés.

Quotidien gâché

Cette séquence qui suit directement la première compose la suite de ce récapitulatif de la série. Il y a cette copine, qui ne l’a jamais complètement abandonné malgré ce qu’il a traversé et ce que ça a fait de lui : quelqu’un de distant, de froid, voire d’inquiétant. Quelqu’un d’entouré par la mort. Elle en a souffert elle aussi, par son intermédiaire. C’était flagrant pendant l’attaque de l’école, mais c’est en filigrane depuis la prise de pouvoir de l’élément perturbateur : depuis que le protagoniste est possédé par ce parasite, depuis qu’il est débordé depuis l’intérieur par quelque chose qui le dépasse. Des pulsions ? Le sexe seulement ? La mort voire le meurtre ? Dans la fiction, tout ça se matérialise avec ce personnage incorporé, avec ce parasite vivant et communiquant, et ce n’est pas un hasard narratif s’il a pris la place d’une main. Que fait-on de nos mains ? Que fait-on avec elle ? Quel impact avons-nous, sur le monde, sur l’autre ? Faisons-nous le bien, le mal, ou n’avons-nous aucune influence, aucune importance ? Cette dernière voix, neutre et cynique ou réaliste selon le point de vue, étant celle qu’emprunte le protagoniste.

Mais le quotidien et le présent restent prioritaires : c’est la vie. Elle se vit maintenant même si nous l’effleurons portés ou lestés par nos mémoires et nos projections, rassurantes ou inquiétantes.
Ainsi donc la copine le rappelle à la vie par une petite tape sur la tête (très japonaise, il me semble…). Le sourire, éphémère, revient.
On replonge alors dans la banalité, on parle de tout et de rien, on fait le point. Jusqu’à ce que, si rapidement que c’en est frustrant, insupportable, surtout pour elle, l’odeur de la mort réapparaisse avec ce personnage de l’enquêteur.

J’adore la musique qui accompagne ce bref passage : Solitude. Merci encore Ken Arai. Je trouve intéressant que ce point d’accroche féminin à la réalité mène la fuite et s’exprime. Le doublage de l’actrice japonaise est parfait : la voix est douce et profonde, pas mielleuse mais véritablement touchée et triste. L’animation est peut-être un poil exagérée, mais ces regards sont une marque de fabrique de l’auteur restituée dans l’animé. Le rythme enfin coupe rapidement ce passage fort, pour faire retourner ensuite la narration vers l’intrigue. C’est dommage, mais ces quelques minutes restent quoi qu’il en soit, pour moi, du bonheur cinématographique.

Rédigé le
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★ 7/10 ★